Big Brother, loops après la séparation
Standing on the Shoulder of Giants sort le 28 février 2000, quatrième album studio d’Oasis et premier disque chez Big Brother Recordings. Les sessions vont d’avril à août 1999 à Olympic, Supernova Heights, Wheeler End et au Château de La Colle Noire en France, avec Mark « Spike » Stent et Noel Gallagher à la production. Paul « Bonehead » Arthurs et Paul « Guigsy » McGuigan sont partis ; Gem Archer et Andy Bell rejoindront la tournée, mais une grande partie du disque est enregistrée autour des Gallagher avec renforts de session, dont Alan White à la batterie.
Le son bascule. Noel multiplie samples, boucles de batterie et couleurs psychédéliques : la boucle Johnny Jenkins / Dr. John sous Go Let It Out, les bruits de foule de l’île de Wight sur Fuckin’ in the Bushes, la pulsation électronique de Who Feels Love?. Go Let It Out prend la 1re place UK en février 2000 ; Who Feels Love? et Sunday Morning Call suivent en singles. Little James, écrite par Liam pour le fils d’Appleton, est son premier crédit d’écriture Oasis sur un album studio. La pochette New York jour/nuit annonce la rupture avec l’ère Creation autant que la musique.
Commercialement l’album démarre encore n°1 au Royaume-Uni et se vend bien, mais la presse est plus froide qu’avec (What’s the Story) Morning Glory? ou Be Here Now. En live, la tournée 2000 (captée sur Familiar to Millions) doit prouver qu’un Oasis remanié remplit les arènes sans la section rythmique d’origine. Le mix dense et le mid-tempo divisent les fans du Britpop sec de 1994-96. Le mix de Spike Stent laisse plus de place à l’électronique et aux textures inversées que les disques secs de Creation. Put Yer Money Where Yer Mouth Is avance sur un groove trouble ; I Can See a Liar garde un bord rock plus dur. Le titre, emprunté et légèrement déformé à Newton, colle à un groupe qui revendique l’histoire du rock tout en sonnant moins comme la machine à chants de stade de 1995.
L’indépendance de Big Brother face à Creation signifie aussi qu’Oasis contrôle pochette, timing des singles et catalogue en interne. Standing on the Shoulder of Giants est donc à la fois une expérience sonore et un reset business : premier manifeste de la façon dont les Gallagher gèrent la marque après l’ère label du Britpop.
Il était temps de changer. On ne pouvait pas refaire le même disque.
(Noel Gallagher à propos de Standing on the Shoulder of Giants, interviews presse, 2000)

Des titres comme Gas Panic! et Where Did It All Go Wrong? montrent Noel écrivant depuis la gueule de bois et le doute plutôt que le swagger. Roll It Over ferme sur un long fade de guitare ouverte. Le titre reprend la formule de Newton (avec le « Shoulder » singulier d’Oasis), étiquette ironique pour un groupe qui quitte le sommet Britpop vers une identité plus studio.
Dans la timeline Oasis, cet album est la charnière entre l’excès Creation et le rock plus clair de Heathen Chemistry chez Big Brother : d’abord loops et ambiance, puis refrains reconstruits pour les années Archer/Bell.