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Earth, Wind & Fire – Des cuivres tournés vers le soleil

Une kalimba dans un stade

Un piano à pouces dans un stade devrait être une contradiction. Maurice White en fait une thèse. La kalimba, qu’il a adoptée dans le Ramsey Lewis Trio, siège dans Earth, Wind & Fire comme un petit argument de bois contre l’idée que la soul doive choisir entre la sueur et l’éclat. Les cuivres répondent. Le falsetto de Philip Bailey répond aux cuivres. La basse de Verdine White répond à tout le monde, mélodique et impolie à la fois. Les bons soirs, le groupe ne ressemble pas tant à un groupe qu’à une procession : capes, pyramides, une langue spirituelle empruntée à l’Égypte et au South Side de Chicago, et une section rythmique capable de jouer un mariage ou une blague cosmique avec le même engagement.

Maurice avait joué de la batterie pour Ramsey Lewis, appris le studio de l’intérieur, et en 1969 monté son propre groupe à Chicago avant de déplacer l’opération à Los Angeles. Les premiers disques cherchent. Head to the Sky en 1973 et Open Our Eyes en 1974 trouvent le visage : Bailey a rejoint, le falsetto et le baryton en double lead que peu de groupes savent équilibrer. Columbia est le label. Charles Stepney, arrangeur et coproducteur, est l’architecture secrète, un homme qui entend les cordes comme du rythme. Quand That’s the Way of the World arrive en 1975, lié à un film que presque personne ne retient et à une bande-son que tout le monde retient, Shining Star va numéro un. La philosophie est sur la pochette. La preuve est dans la ligne de cuivres.

Gratitude, l’album live de cette année-là, montre la procession au travail. Spirit en 1976 est dédié, en partie, à Stepney, qui meurt en mai, beaucoup trop jeune. Le groupe ne s’effondre pas en hommage. All ‘n All en 1977 est le sommet lumineux : Serpentine Fire, Fantasy, des couleurs brésiliennes, une dévotion qui ne devient jamais vague parce que la batterie ne le permet pas. Puis September, non pas le mois, la chanson. Écrite avec Al McKay et enregistrée en 1978 pour la première compilation, elle nomme la vingt et unième nuit pour la façon dont les syllabes chantent, pas pour une page de journal. White l’a dit. La précision est un cadeau à chaque couple qui a eu besoin d’une date qui sonne comme une danse. September devient la poignée de main du groupe avec le reste du siècle.

I Am en 1979 ouvre la porte plus large. Boogie Wonderland, avec les Emotions, est une collaboration qui sonne comme une réunion de famille parce que c’en est une : les Emotions venaient du même quartier musical. After the Love Has Gone est la ballade qui prouve que le falsetto peut porter le deuil. Let’s Groove, tiré de Raise! en 1981, met les costumes à jour sans transformer la joie en ironie. Pendant ces années les cuivres, les Phenix Horns, ne sont pas une garniture. Ils sont un second chanteur lead. La basse de Verdine reste le rebondissement. Les percussions de Ralph Johnson et la batterie de Maurice empêchent la procession de s’envoler. La mise en scène, pyramides et disparitions, serait du cirque si les disques n’étaient pas si sévères dans leur justesse.

Les catalogues plus tardifs, Powerlight, Electric Universe, les réunions, les longues tournées, sont la vie d’un groupe devenu un jour férié sans devenir un costume. La santé de Maurice White le force à quitter la route ; il meurt le 3 février 2016. Bailey et Verdine portent le nom, ce qui est le bon héritage : la voix qui monte, la basse qui refuse de marcher en ligne droite. Les chansons ne datent pas comme datent les modes. Elles datent comme datent les bons arrangements, c’est-à-dire qu’elles continuent de révéler les musiciens à l’intérieur.

Le culte d’Earth, Wind & Fire, si le mot tient encore pour un groupe autant aimé, est un culte de l’élévation qui ne triche pas. Les textes parlent d’éclat, de fantaisie, de dévotion. Les pistes parlent de temps, de voix de cuivres, et d’un falsetto placé exactement là où une ligne de cordes aurait été paresseuse. White croyait qu’on pouvait parler au public comme si l’esprit était ordinaire. Il a eu raison assez souvent pour que l’ordinaire finisse par inclure un solo de kalimba. C’est un miracle qu’on peut compter.

Mettez September à côté de That’s the Way of the World et vous entendez la même invitation à deux volumes. L’une est une nuit. L’autre est un credo. Entre les deux, un groupe qui s’habillait comme un mythe et jouait comme un atelier. Le soleil des paroles n’est pas une affiche. C’est la section de cuivres, tournée vers le haut, juste.

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