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Kate Bush – Le thu00e9u00e2tre dans l’aigu

Une fille qui a écrit son propre climat

En janvier 1978, une fille de dix-neuf ans de Bexleyheath place une histoire de fantôme en tête des charts britanniques, et elle en a écrit chaque ligne. Wuthering Heights ne se conduit pas comme un premier single. La voix arrive d’au-dessus du texte, Cathy appelant par une fenêtre que la radio pop n’était pas faite pour ouvrir. Catherine Bush, née le 30 juillet 1958, écrivait dans sa chambre depuis des années. David Gilmour entend une bande, l’aide à entrer en studio, et EMI la signe encore adolescente. Elle attend. Elle ne veut pas que le premier disque soit une précipitation.

The Kick Inside sort en 1978 et fait de l’attente une méthode. The Man with the Child in His Eyes, écrit à treize ans, côtoie des chansons qui savent déjà comment un piano peut monter une scène. Lionheart suit trop vite, à l’horloge du label. Elle répond en prenant les disques suivants sous sa direction. Never for Ever, en 1980, avec Babooshka et Army Dreamers, est le premier album d’une Britannique à entrer numéro un au Royaume-Uni. The Dreaming, en 1982, est celui qui effraie la version polie de son histoire: sampler Fairlight, paysage australien, un didgeridoo, une voix poussée jusqu’à l’effilochage. Elle le produit. Le label n’aime pas la facture. Le disque reste le son d’une auteure qui refuse le milieu de la route qu’on venait de lui offrir.

Puis Hounds of Love, en septembre 1985, se coupe en deux et les deux moitiés tiennent. La face A est l’ensemble de chansons qu’un stade pourrait presque comprendre: Running Up That Hill, Hounds of Love, Cloudbusting. La face B, The Ninth Wave, est une noyade racontée en chapitres, voix de radio, un hélicoptère, une femme qui se parle sous la glace. La boîte à rythmes n’est pas froide. C’est un climat. Elle construit l’album dans son studio à la maison, et le détail domestique compte: le plus grand disque pop britannique de cette année-là a été fait là où elle pouvait s’arrêter, réécrire, et garder les parties étranges.

Elle ne devient pas une bête de tournée pour suivre les ventes. Le Tour of Life, en 1979, avec ses danseurs, son mime et ses changements de costume, est le spectacle. Ensuite elle cesse de sortir. The Sensual World en 1989 et The Red Shoes en 1993 gardent l’oreille théâtrale, Molly Bloom au bord d’une chanson, une paire de chaussures maudites dans une autre. Puis douze ans de quasi-silence. Quand Aerial arrive en 2005, c’est un double album sur la lumière du jour, les oiseaux et une machine à laver, c’est-à-dire sur l’attention. 50 Words for Snow, en 2011, ralentit le tempo jusqu’à ce qu’une chanson puisse durer aussi longtemps qu’un temps qu’il fait.

En 2014 elle revient sur scène pour Before the Dawn, vingt-deux soirs au Hammersmith Apollo, les premiers vrais concerts depuis 1979. Un groupe qui inclut son fils, la Ninth Wave mise en scène plutôt que résumée. Elle ne transforme pas la résidence en tournée mondiale. En 2022, Running Up That Hill rentre dans le classement parce qu’une série a besoin d’une chanson sur un marché avec le sort, et un nouveau public découvre que le marché avait été écrit en 1985, dans une maison, par une femme qui savait déjà ce que valait le texte.

Le culte de Kate Bush se raconte parfois comme une excentricité: la note haute, les clips, l’absence. Le travail dit quelque chose de plus simple. Elle a traité la pop comme un théâtre qu’elle pouvait écrire, diriger, et quitter. La voix est le décor. Le silence entre les albums fait partie de la mise en scène. Rien dans cette carrière ne plie devant le calendrier.

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