Un appartement social répond à une misère riche
Les guitares n’entrent pas en douce. Elles arrivent déjà convaincues, un mur d’accords ouverts et un solo qui croit que le ciel est une destination pratique. Liam Gallagher chante comme si la promesse du titre était un fait qu’il avait vérifié le matin. Live Forever n’est pas subtil sur l’espoir. La subtilité était ce contre quoi il a été écrit. Dans une saison de malheur célèbre, la chanson est un refus clair et mal élevé de s’excuser de vouloir demain.
Noel Gallagher l’écrit avant d’avoir vraiment rejoint le groupe de son frère, vers 1991, dans les années où il est encore celui qui a les chansons et l’arithmétique du logement social. La prise publiée est sur Definitely Maybe, sorti le 29 août 1994 chez Creation, produit par Owen Morris après que des sessions plus anciennes ont été refusées, pas assez fortes, pas assez eux. Le single précède l’album de quelques semaines et fait le travail de conviction. Noel a rattaché le texte, plus d’une fois, au fait d’entendre I Hate Myself and Want to Die de Nirvana et de décider qu’il n’en voulait pas : un homme qui semblait tout avoir, misérable, pendant qu’un groupe de Manchester qui n’avait rien trouvait encore que le matin était un cadeau. La ligne n’est pas tant une lettre à Cobain qu’une porte claquée sur une humeur.
En concert, la chanson devient le moment où la salle accepte d’être énorme. Liam, les mains dans le dos, laisse le refrain faire la fanfaronnade qu’il n’a pas besoin d’ajouter. Le solo de Noel, souvent allongé, est moins une démonstration qu’un retard de la fin, parce que la fin voudrait dire que le sentiment doit s’arrêter. Les festivals en ont fait un hymne national pour des gens qui nieraient la nation. La chanson s’en moque. Elle a été écrite pour être chantée par plus d’une bouche.
I remember Nirvana had a tune called I Hate Myself and I Want to Die, to which I was like, I’m not having that.
(Noel Gallagher, Lock the Box, 2006)
Le récit britpop a plus tard enterré la chanson sous la bière et les drapeaux. Sous ce costume, c’est encore une mélodie d’un élan rare, les accords bougeant comme un hymne égaré dans une salle de répétition au tapis bon marché. Le mix de Morris garde les guitares énormes et la voix assez sèche pour sonner comme une personne, pas une affiche. Cet équilibre est la raison pour laquelle le morceau a survécu à la décennie qui le revendiquait. On peut enlever le parka. La promesse reste un peu gênante, et c’est ainsi qu’on sait qu’elle est sincère.
Ce qui reste, c’est l’insistance : avoir très peu n’est pas la même chose que vouloir mourir. C’est une philosophie de jeune homme, avec les limites d’une telle philosophie. Elle a aussi la mélodie. Live Forever sonne encore comme une fenêtre ouverte dans un appartement où le chauffage ne marche pas. Dehors, ce n’est pas beau. La chanson dit d’y aller quand même, et elle le dit assez fort pour que discuter paraisse une impolitesse.