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Smoke on the Water – Deep Purple

Un riff écrit pendant que le lac était encore gris

Quatre notes, puis un silence, puis les mêmes quatre avec une queue, et la phrase la plus empruntée du rock est déjà finie. Smoke on the Water ne dramatise pas un incendie. Il dépose un rapport. La voix d’Ian Gillan est presque conversationnelle, un homme qui raconte ce qu’il a vu depuis un restaurant pendant qu’un casino brûlait, et le groupe derrière lui ne s’intéresse pas à la métaphore. La fumée est de la fumée. L’eau est le lac Léman. Le riff est la seule poésie qu’ils se sont permise, et il est si physique que des gens qui ne savent rien jouer d’autre savent jouer ça.

Le 4 décembre 1971, pendant un concert de Frank Zappa au casino de Montreux, quelqu’un tire une fusée de détresse dans le plafond de rotin. Le bâtiment part. Deep Purple, en ville pour enregistrer Machine Head avec le studio mobile des Rolling Stones, regarde. Claude Nobs, l’homme du festival qu’ils appellent Funky Claude, sort des gens. Le groupe s’installe au Grand Hôtel, des câbles par les fenêtres, le matériel dans les couloirs, et se retrouve à court d’album. Le riff était une balance, celui de Ritchie Blackmore, sans texte. Le dernier jour l’ingénieur dit qu’il manque des minutes. Gillan et Roger Glover écrivent la biographie de la semaine sur la jam : Zappa, la fusée, le mobile, la course contre l’heure suisse. L’album sort en mars 1972, produit par le groupe. Un bouche-trou, encore, comme Gillan l’a dit, devient ce dont le siècle se souvient.

En concert, le riff est un test : une salle peut-elle arriver ensemble. Elle le peut toujours, ce qui a fait de la chanson une blague et un standard à la fois. Les magasins de guitares l’interdisent et échouent. L’interdiction est le compliment. Un reportage aussi plat n’aurait pas dû devenir un monument. Il l’est devenu, parce que le monument n’est que quatre notes et une phrase vraie, et les phrases vraies, dans le rock, sont plus rares que les incendies.

The engineer told us on the last day, man, we’re several minutes short for an album. So we dug it out, and Roger and I wrote a biographical account of the making of the record.

(Ian Gillan, Songfacts interview)

Le son de Blackmore, une Stratocaster dans un ampli étroit et fort, est la raison pour laquelle le riff a survécu à sa simplicité. La simplicité sans grain est une comptine. Celle-ci a du grit dans la chute de la note. Le texte de Gillan n’invente pas de vilain au-delà de some stupid with a flare gun, ce qui est du journalisme, pas un mythe. Nobs est nommé parce qu’il a mérité le nom. La célébrité du morceau a un peu gêné le groupe plus tard, comme un tube né d’une balance gêne toujours. La gêne n’est pas un argument musical. Le titre sonne encore comme des hommes dans un couloir froid qui essaient de finir un travail avant que la police, ou l’horloge, ou l’hôtel, frappe.

Ce qui reste, c’est le lac. On peut entendre le reportage et manquer l’image : de la fumée couchée sur l’eau après que le ridicule est devenu tragique et avant que quiconque l’ait écrit. Smoke on the Water est cette heure-là, mise sur une figure qu’un enfant peut apprendre et qu’un professionnel ne peut pas fuir. Le casino a disparu depuis longtemps. Le riff est la façon dont la nuit a refusé de rester locale.

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