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Un costume, puis un groupe

David Byrne entre avec un radiocassette et une guitare acoustique, et le concert a déjà commencé. Jonathan Demme a tourné Stop Making Sense pendant plusieurs soirs de décembre 1983 au Pantages Theatre de Hollywood, et l’a sorti l’automne suivant presque sans entretiens et presque sans public. Le film refuse le marché habituel du documentaire rock : pas d’enfance, pas de querelle, pas de porte-parole pour expliquer les paroles. L’explication, c’est l’entrée du musicien suivant.

Tina Weymouth arrive, puis Chris Frantz, puis Jerry Harrison, et les chansons changent de taille sans changer d’os. Psycho Killer est un solo nerveux. Quand le groupe élargi est en place, Bernie Worrell, Alex Weir, Steve Scales, Lynn Mabry et Ednah Holt ont fait de quatre conspirateurs d’école d’art une machine à neuf qui a encore l’air d’une fête. Byrne a dessiné la lumière et les écrans nus. Jordan Cronenweth, qui avait photographié Blade Runner, tient les caméras assez stables pour que la danse puisse être étrange toute seule. Personne n’a besoin d’un zoom brutal pour prouver que la nuit est vivante.

Once in a Lifetime, Burning Down the House, This Must Be the Place, Life During Wartime : les tubes sont là, mais ce ne sont pas des trophées. Ce sont des stations dans un set qui se construit comme un bon album, en ajoutant du poids puis en refusant de s’affaisser. Le grand costume, porté pour Girlfriend Is Better, est la blague qui est aussi la thèse. Byrne devient une caricature de chanteur et, dans la caricature, plus humain. Le passage Tom Tom Club laisse Weymouth et Frantz sourire dans leur propre dialecte. Demme fait confiance aux corps. Il ne coupe pas vers un fan qui pleure sur commande.

Stop Making Sense est le seul film du moment qui soit une dose de bonheur du début à la fin.

(Pauline Kael, The New Yorker, 1984)

Talking Heads avaient déjà fait Remain in Light et appris, des enregistrements africains et du funk, qu’un groove peut tenir plus d’une idée à la fois. Le film est cette leçon avec les lumières allumées. La new wave, dans d’autres mains, était une coupe de cheveux et un synthé. Ici c’est une architecture : scène vide, un homme, un temps venu d’une machine bon marché, puis une ville. Quand l’image est revenue dans une restauration de 2023, des salles plus jeunes ont découvert que le bonheur n’était pas de la nostalgie. C’était une construction. On peut voir le groupe s’inventer en temps réel et ne toujours pas savoir où la joie est rangée.

Pauline Kael y a entendu une dose de bonheur, et elle ne faisait pas dans la tendresse. Le film est strict. Il croit simplement que la précision et la sueur peuvent partager une chanson. Stop Making Sense reste le film de concert que les suivants citent quand ils veulent être sérieux au sujet du plaisir. Byrne finit plus près des gens avec qui il a commencé. Le costume tombe. La salle reste agrandie. C’est toute l’intrigue, et cela suffit.

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