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Waterloo Sunset – The Kinks

Terry et Julie, qui n’étaient pas ces deux-là

La guitare énonce une petite descente parfaite, et la rivière apparaît sans être longuement décrite. Ray Davies chante comme s’il était à une fenêtre qu’il utilise depuis des années, ne jouant pas la vue, la gardant. Waterloo Sunset, tirée de Something Else by the Kinks en 1967, est une chanson de Londres qui refuse la version autocar de Londres. Un vieux fleuve sale. Des lumières de taxis. Deux personnes qui se retrouvent à la gare de Waterloo, et un narrateur heureux, presque timidement, qu’elles soient heureuses. La batterie de Mick Avory et la basse de Pete Quaife les raccompagnent. La guitare de Dave Davies est la lumière du lampadaire.

Davies la produit lui-même, aux Pye Studios, dans une saison où le groupe se replie après les interdictions, les bagarres et l’absence américaine. Il a dit que la chanson avait commencé comme une pensée sur Liverpool et avait bougé vers la Tamise, et que, enfant, malade, il avait regardé le fleuve depuis un hôpital et l’avait trouvé apaisant. On a largement supposé que Terry et Julie étaient Terence Stamp et Julie Christie, le beau couple du moment. Il l’a nié, plus d’une fois. Ce sont des gens qu’il a faits, assez ordinaires pour traverser un pont sans faire la une. Le démenti fait partie de la tendresse. Une ville privée est plus généreuse qu’une ville de célébrités.

Le single atteint le numéro deux en Grande-Bretagne et n’a pas besoin de l’Amérique, qui n’écoutait pas de toute façon. Sur l’album il siège parmi des chansons de village greens et d’après-midi fatigués, les Kinks devenant un groupe capable d’écrire l’Angleterre sans crier Rule Britannia ni la brûler. En concert, dans les décennies suivantes, la foule chante le la-la-la comme si c’était un hymne civique. La version de studio est plus calme que cette chorale. La voix est proche. Le coucher de soleil n’est pas une métaphore qu’il force. C’est l’heure où la ville a l’air brièvement arrangée, et il est reconnaissant de ne pas être dedans, seulement près.

Tout le monde a cru que Terry et Julie étaient Terence Stamp et Julie Christie. Ce n’était pas eux. Je les ai inventés.

(Ray Davies, sur la chanson, notamment dans X-Ray)

D’autres chansons londoniennes de la décennie sont plus rapides, plus drôles, plus amoureuses de leur propre argot. Celle-ci a le temps. Elle regarde un couple et ne le suit pas dans l’appartement. Cette retenue est la raison pour laquelle elle a vieilli sans devenir une carte postale. On peut encore se tenir sur le pont et entendre les lumières des taxis dans la guitare. On peut encore mal comprendre les noms, et la chanson vous corrigera sans hausser la voix. Davies a continué d’écrire longtemps après. Il a rarement écrit une fenêtre aussi claire.

Ce qui reste, c’est le soulagement du narrateur. Pas leur amour, le sien. Il est content que le fleuve coule, content que deux personnes se soient trouvées, content de ne pas avoir à traverser. Waterloo Sunset est une chanson sur le fait de regarder, ce qui est une forme d’amour si l’on ne saisit pas. Le vieux fleuve sale tient son rendez-vous. Le la-la-la est le son d’un homme qui a décidé que la vue suffit.

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