Un diable plus léger que la Les Paul
En 1961, Gibson a remplacé la Les Paul à une seule corne, qui se vendait mal et avait été arrêtée en 1960, par une guitare solid body à double découpe. On l’appelait encore Les Paul. Le corps était en acajou, plus mince, avec des cornes qui montaient vers le manche, et le manche lui-même semblait plus rapide. Les Paul a assez détesté la nouvelle forme pour demander qu’on retire son nom. En 1963 l’instrument est devenu simplement la SG, pour Solid Guitar. L’ange, s’il en fut un, est arrivé par une querelle.
Le sens des découpes, c’était l’accès. On atteignait les frettes aiguës sans lutte. La guitare était plus légère que l’ancienne Les Paul, ce qui comptait pour qui devait la porter tout un set. Deux humbuckers sur la Standard, un diapason de 24,75 pouces, un chevalet tune-o-matic : la grammaire Gibson dans une silhouette plus sèche. Elle avait l’air un peu méchante. Ceux qui voulaient de la méchanceté l’ont remarquée.
Pete Townshend a joué des SG au milieu des années 1960, puis les a cassées, ce qui est une critique en soi. Les lignes de Robbie Krieger avec les Doors sortaient souvent d’une SG, une voix plus mince qu’une Les Paul, plus proche d’un grondement. Frank Zappa en a joué une avant que ses instruments deviennent des sculptures. La SG n’était ni une jazz box ni une folk. C’était une forme rock qui l’assumait, cornes comprises.
L’histoire de Tony Iommi est soudée au modèle. Après un accident de tôlerie en 1965 qui lui a coûté le bout de deux doigts de la main gauche, il s’est fabriqué des dés, a détendu les cordes, et a trouvé un accord plus sombre. Sa SG, plus tard garnie de croix, est le son de Black Sabbath : bas, épais, peu pressé. La légèreté du corps lui a permis des sets qu’une guitare plus lourde aurait punis. Le désaccordage a fait le reste. Le metal, comme un poids dans l’air, commence là autant qu’ailleurs.
Angus Young a fait de la SG un uniforme d’écolier. Dès les premières années d’AC/DC, la double découpe a été sa guitare principale, en canard dans un blazer pendant que le humbucker de chevalet aboyait. Back in Black, Highway to Hell, les albums live : cette attaque est une SG plus souvent que les photos ne le disent. Il n’avait pas besoin que la guitare ait l’air vintage. Il avait besoin qu’elle coupe un stack Marshall et laisse de la place à une voix. Elle l’a fait.
Gibson a réédité la SG à chaque décennie, parfois en chassant la forme de 1961, parfois en l’adoucissant. Les débats sur le profil du manche importent aux collectionneurs et à peine au riff. Ce qui voyage, c’est la silhouette : deux cornes, un corps sombre, un humbucker près du chevalet. Quand un groupe veut avoir l’air d’un problème et sonner comme un power chord avec des dents, c’est ce dessin qu’il attrape, encore aujourd’hui, sans hésiter.