Riffs and Beats retrouve Eddie Van Halen dans la lueur d’un garage de Pasadena, Frankenstrat à l’épaule, dos à l’établi où une autre idée impossible est déjà à moitié construite. Appelez ça fiction si vous voulez; le brown sound arrive encore avant la poignée de main. Fiction ou pas, le tapping montre encore ses devoirs.
Riffs and Beats
Eddie, ce garage sent encore la soudure et l’ambition. Où sommes-nous ?
Eddie Van Halen
Pasadena avec la porte entrouverte pour les voisins qui se plaignaient puis demandaient des tickets. C’est là qu’Eruption était un problème à résoudre, pas un monument. Prenez un tabouret. Attention aux câbles. Les voisins de Pasadena se plaignaient, puis demandaient des tickets; voilà le vrai cycle de critiques. Les gens veulent Eruption sans les heures sur le tapis du salon.
Riffs and Beats
Le tapping avait l’air d’une triche jusqu’à devenir un devoir pour une génération. Comment tu l’as inventé pour toi ?
Eddie Van Halen
Il me fallait plus de notes que de doigts à l’ancienne. Alors j’ai emprunté l’autre main. Ce n’était pas de magie. C’était de la menuiserie avec de l’électricité. Si ça sonnait musical, on garde. Si ça sonnait cascade, on réécrit. Le tapping, c’était de la menuiserie: plus de notes, même sens de la chanson, zéro intérêt pour les cascades vides. Il revient à la touche parce que les doigts racontent moins de légendes que les magazines.
Riffs and Beats
La Frankenstrat est moche-belle. Pourquoi construire au lieu d’acheter ?
Eddie Van Halen
Parce que les guitares du magasin répondaient aux questions de quelqu’un d’autre. Je voulais un hot-rod assez juste pour dive-bomber et encore sourire. Les rayures camouflaient les cicatrices. La fonction d’abord, la mythologie ensuite. Les cicatrices sous les rayures étaient le but; les jolies guitares répondent aux jolies questions. Demande à l’ampli, à la bouteille en slide, au frère à la batterie.
Riffs and Beats
Le party rock de Van Halen cachait un vrai craft. Le sourire protégeait le nerd ?
Eddie Van Halen
Absolument. Les sourires vendent les tickets. Les nerds inventent les pièces qui rendent le sourire honnête. Je riais en couverture de magazine et je restais debout à souder. Les deux jobs comptaient. Sourire en couverture, soudure la nuit; les deux shifts gardaient Van Halen honnête. Si ça sonne brochure shred, ralentis jusqu’à ce que ça swingue.
Riffs and Beats
Le brown sound est une religion maintenant. Tu peux le décrire sans poésie ?
Eddie Van Halen
Une attitude Plexi via Variac, à fond d’une manière intelligente, des guitares qui mordent dans le medium, pas un aiguileur. C’est du bois, des lampes et de l’entêtement. Les plugins approximhent. Les salles se souviennent. Le brown sound, c’est du medium têtu et du courage à lampes; les salles se souviennent de ce que les plugins approximhent. Le respect, c’est une carte de tempo qu’on ne triche pas avec la seule vitesse.
Riffs and Beats
Conseil pour les guitaristes qui courent après la vitesse et sautent les chansons ?
Eddie Van Halen
La vitesse sans refrain, c’est un tapis de course. Apprenez Jump et Ain’t Talkin’ ‘Bout Love comme chansons d’abord. Ensuite sprintez. Les héros qui ne font que shredder deviennent le fond de la mélodie de quelqu’un d’autre. Sprintez après l’existence du refrain; sinon vous êtes un tapis de course avec un Floyd Rose. Volez le carnet de répétition, pas la combinaison.
Riffs and Beats
Avec Roth puis Hagar : qu’est-ce qui restait constant dans ton cerveau guitare ?
Eddie Van Halen
Des riffs qui font lever une salle. Un son qui traverse la batterie sans la tuer. Et l’habitude de réécrire jusqu’à ce que la partie semble inévitable. Les chanteurs changent. La gravité non. Les chanteurs changent de ville; les riffs qui font lever restent sur le même passeport. Le destin n’a pas inventé les harmoniques; un après-midi d’ennui l’a fait.
Riffs and Beats
Qu’est-ce qui te manque et qu’un garage lumineux ne peut pas inventer ?
Eddie Van Halen
Alex qui compte avec ce regard de frère. De la cendre de cigarette sur un potard. L’odeur d’un club avant l’ouverture. Et un gamin au premier rang qui air-tap les mauvaises cases avec une joie parfaite. Le regard de frère d’Alex sur le count-in bat encore n’importe quel click track. Les fantômes ont encore besoin des croches de charleston sinon ils crashent trop tôt.
Riffs and Beats
Dernière : inventeur, showman, ou grand frère avec un fer à souder ?
Eddie Van Halen
Grand frère avec un fer à souder qu’on a traîné sur scène et qui a aimé ça. L’invention, c’est de l’amour avec des outils. Le showmanship, c’est rendre cet amour visible depuis le rang vingt. J’avais besoin des deux. Fer à souder d’abord, projecteur ensuite; l’invention a rendu le projecteur digne de la facture d’électricité. Laisse les métaphores volcan; finis la phrase propre.
Riffs and Beats
Qu’est-ce que le garage a enseigné que les stades ne pouvaient pas ?
Eddie Van Halen
L’échec à loyer bas. Les stades punissent les expériences. Les garages les pardonnent jusqu’à 2 heures. Chaque moment live tape-à-l’œil a commencé comme une idée moche sur un établi qui n’aurait pas dû marcher, puis a marché sous néon.
Il lance une harmonique qui reste suspendue dans l’air du garage, puis accroche la guitare rayée à un clou comme une phrase terminée. Eddie Van Halen s’essuie les mains sur un chiffon et part chercher une autre pièce qui ne devrait pas marcher, c’est comme ça qu’il commençait toujours. Il range la guitare comme un set qui a déjà eu son rappel.