Ouverture de X&Y, 2005 : trois notes, puis l’album grand écran démarre
La première chose qu’on entend, c’est une figure de trois notes qui fait signe vers Strauss et le 2001: A Space Odyssey de Kubrick. Puis la batterie de Will Champion se verrouille, la basse de Guy Berryman épaissit, et la voix de Chris Martin chevauche un mix pensé pour casque et stades à la fois. Square One ouvre le troisième album de Coldplay, X&Y, sorti le 6 juin 2005 chez Parlophone. Ce n’est pas le lead single. C’est la déclaration d’échelle : après les longues sessions tumultueuses de 2004, le groupe voulait un disque plus large que Parachutes ou A Rush of Blood to the Head, et l’ouverture le dit en moins d’une minute.
Ken Nelson avait produit les deux premiers albums. Pour X&Y, le groupe travaille aussi avec Danton Supple et avec lui-même, jetant des lots entiers de chansons avant que la tracklist finale tienne. Le manager et partenaire créatif Phil Harvey est largement absent de cette boucle, une première pour le groupe, et la pression passe dans le texte : être observé, recommencer, chercher un signal dans le bruit. Des guitares saturées passent sous un piano propre. Le refrain s’élargit sans s’effondrer en ballade molle. On sent le groupe tester jusqu’où il peut sonner grand sans perdre la voix de Martin au centre.
En live, Square One lance souvent les débuts de set X&Y et plus tard des festivals comme Austin City Limits et Glastonbury. Le motif de trois notes donne aux régies lumière un repère facile et au public un chant avant même le premier couplet. Les salles apprennent à hurler le titre même quand la radio préfère Speed of Sound et Fix You. Dans la séquence de l’album, le morceau fait le travail d’un cold open : annoncer la palette, puis passer le relais à What If.
On voulait essayer de nouvelles choses, faire avancer notre son. Mais le focus reste sur les chansons.
(Jonny Buckland, sur les sessions de X&Y)

Les critiques se sont divisées sur la question de savoir si la taille de l’album servait chaque titre. Peu ont contesté la clarté d’intention de l’ouverture. Square One disait que le groupe avait quitté l’intimité chambre de 2000 et écrivait pour des salles qui connaissaient déjà chaque mot de Clocks.
Remettez-le en tête d’album et la fanfare marche encore comme une porte. Derrière, un Coldplay plus dense, toujours bâti sur la voix de Martin et le pulse de Champion, mais qui ne prétend plus être petit. Cette honnêteté d’échelle explique pourquoi le titre ouvre encore les playlists deep cut du milieu des années 2000 : appuyez sur play, entendez les trois notes, et le disque grand écran commence.