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Papaoutai – Stromae : un père mannequin sur une pulsation rumba

Un père immobile, un garçon à la fenêtre, un refrain à crier

Le titre est une phrase dite en un seul mot. Papaoutai, c’est « Papa, où t’es », pressé comme un enfant le dit. Stromae, Paul Van Haver, sort la chanson en single numérique en Belgique le 13 mai 2013, single d’ouverture de Racine carrée, publié le 16 août 2013 sur Mosaert. Son père, Pierre Rutare, architecte rwandais, a été tué pendant le génocide de 1994. Il était déjà largement absent de la vie de son fils. Le morceau parle de ce trou, et de la peur de n’avoir aucun modèle pour être père soi-même.

Ça ne tient pas dans un tempo de ballade. Une grosse caisse garde une pulsation house pendant que la guitare s’appuie sur la rumba congolaise et le soukous, une musique liée à la part du monde de son père, posée sous un beat électronique bruxellois. Stromae a décrit son propre mélange comme rumba congolaise, rap, ballade française et électro-pop. Ici la rumba n’est pas un sample lâché pour la couleur. C’est le riff qu’on fredonne quand le chant s’arrête. Le refrain est un cri plus qu’un air, facile à reprendre, difficile à paraphraser. Mosaert a aussi signalé l’argot français empapaouter, rouler quelqu’un, caché dans le même son. Le jeu de mots est là si on le cherche. La phrase est plus claire.

Le clip arrive sur YouTube le 6 juin 2013, réalisé par Raf Reyntjens. Un garçon, joué par Karl Ruben Noel, essaie d’obtenir une réponse de son père, joué par Stromae, assis comme un mannequin dans une maison trop claire. D’autres parents et enfants dans la rue portent des vêtements assortis et dansent : une mère et sa fille, un éboueur et son fils, un père dont les pas viennent du krump. Ce danseur est Ceasare « Tight Eyez » Willis, amené par la chorégraphe Marion Motin, qui travaillait avec Stromae pour la première fois. Dans le dernier mouvement, on ne sait plus si la danse avec le père a lieu hors de la tête du garçon. Le clip le montre seul dans la voiture. Le duo est peut-être le souhait.

Tu cherches la meilleure représentation d’un père absent. Et ne mettre aucun père dans le clip aurait été trop évident, trop facile. La meilleure idée, c’était simplement un mannequin.

(Stromae, Pitchfork, à propos du clip)

Le single atteint la première place en Belgique et en France, et devient le single le plus vendu en Belgique en 2013. Un remix avec Angel Haze suit. Rien de tout cela ne change l’enregistrement : le motif de guitare, la grosse caisse, la voix doublée sur le titre. Racine carrée s’est vendu à des millions d’exemplaires en Europe. C’est le morceau qui a ouvert cette porte, trois ans après qu’Alors on danse avait déjà prouvé qu’il pouvait remplir un club avec une phrase triste. La différence, c’est la guitare. Le tube de 2009 était un synthé et une liste. Celui-ci amène une figure de rumba dans le même genre de franchise.

Écoutez le single de 2013. Le mannequin est dans le clip. Sur le disque, il n’y a que le chant et la guitare, et ça suffit. C’est une chanson pop sur un père qui n’est pas là, et elle n’adoucit pas la question pour arriver au refrain. Le garçon du clip apprend la danse en regardant les autres familles. Le chanteur, déjà une star, est celui qui reste assis.

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