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Rubber Soul – Abbey Road compressé, folk dans la pièce

Abbey Road compressé, folk dans la pièce

Le 3 décembre 1965, Parlophone sort Rubber Soul, l’album des Beatles enregistré à Abbey Road en une course d’automne serrée avec George Martin après Help! et une nouvelle tournée américaine. La photo de pochette de Robert Freeman, prise dans le jardin de la maison de John à Weybridge et étirée à l’impression, donne aux visages une torsion caoutchouc qui colle au titre. La tracklist UK ouvre sur Drive My Car ; l’édition Capitol US échange plusieurs titres contre des coupes plus folk, un écart qui compte encore pour comparer les charts.

L’écriture rentre vers l’intérieur. Norwegian Wood (This Bird Has Flown) place le sitar de Harrison sous la voix dépouillée de Lennon sur une nuit qui finit mal. Nowhere Man garde un stack d’harmonies sec et aucun scénario d’amour. Michelle et Girl échangent des phrases françaises et une voix fumée contre du bavardage adulte. In My Life tient le centre : texte de mémoire de Lennon, solo de piano accéléré de Martin qui sonne clavier baroque. La basse de McCartney devient mélodique ; le kit de Ringo reste sec. Le groupe tient encore les durées radio, mais les sujets ont quitté les bals scolaires.

Harrison apporte Think for Yourself et If I Needed Someone, le second bâti sur un arpège façon Byrds. The Word et What Goes On gardent l’identité vocale du groupe pendant que les textes se font plus nets. Sur tout le LP, les guitares sont plus propres que la ruée Mersey du début, les harmonies plus serrées, les blagues plus sèches.

La réservation d’automne laisse peu de place au doute. Les chansons se terminent vite entre dates de tournée et deadline de Noël. Le piano de Martin sur In My Life est enregistré à demi-vitesse puis accéléré pour imiter un solo baroque qu’il ne peut pas jouer en temps réel au tempo plein. Le sitar de Harrison sur Norwegian Wood est encore une nouveauté dans la pop britannique ; en moins d’un an, les couleurs indiennes s’installeront plus profondément dans l’écriture du groupe, surtout sur Revolver.

On progressait, techniquement et musicalement.

(George Harrison sur la période Rubber Soul)

Les ventes sont immédiates : n°1 UK, n°1 US sur la configuration Capitol. La critique traite l’album comme un pas vers le métier d’album plutôt qu’un entrepôt de singles. Dylan et les Byrds traînent dans le discours presse ; les Beatles répondent en absorbant le phrasé folk sans abandonner la forme pop.

Rubber Soul est la charnière avant Revolver. Le quatuor prouve qu’il peut porter des thèmes adultes dans des cadres de trois minutes et remplir encore les bas de Noël. Les visages étirés de la pochette sont un accident d’impression devenu marque. Les chansons dessous sont voulues : moins de cris, plus de phrases, un groupe de studio qui apprend à dire ce qu’il chante.

Les acheteurs US de l’édition Capitol ratent Drive My Car, Nowhere Man, What Goes On et If I Needed Someone, gagnant I’ve Just Seen a Face et It’s Only Love issus des sessions Help!. C’est pourquoi les lectures folk-rock américaines de Rubber Soul sonnent parfois comme un autre album. La séquence Parlophone est celle que le groupe a ordonnée comme énoncé.

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