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London Calling – The Clash

Le double album qui a cassé la clôture punk

À la fin de l’été 1979, le premier uniforme du punk commence à serrer, et The Clash répond en enregistrant un double album qui refuse de rester à une seule place. London Calling s’ouvre sur une guitare qui sonne comme une alarme et une voix qui sait déjà que l’alarme est en retard. Joe Strummer ne ricane pas tant qu’il ne fait un rapport. La ville du titre se noie, le blé est maigre, et le refrain veut encore vous faire danser. Sorti en Grande-Bretagne le 14 décembre 1979, vendu là-bas au prix d’un seul album, c’est le rare double 33 tours qui ressemble à une soirée plutôt qu’à un devoir. Dix-neuf chansons, et presque aucune n’accepte de porter la même veste.

Les séances se tiennent aux Wessex Sound Studios, cinq ou six semaines à partir d’août, Guy Stevens à la production, Bill Price à l’ingénierie. Stevens n’est pas engagé pour le rangement. Le groupe a décrit une pièce tenue par le chaos : des chaises, du vin, un producteur qui dirige avec tout le corps parce que les chansons ont besoin d’un temps qu’il fait, pas d’une grille. Strummer et Mick Jones sortent d’un blocage d’écriture et d’un changement de management. Ce qui en ressort est un groupe qui a décidé que le punk était un tempo de départ, pas une frontière. Reggae, ska, rockabilly, R&B de La Nouvelle-Orléans, un peu de lounge, un peu de hard rock : chaque style est joué comme si le groupe avait grandi dedans, parce que, par morceaux, c’est le cas.

Spanish Bombs regarde une guerre civile et un présent dans le même souffle. Lost in the Supermarket, chantée par Jones, est la banlieue comme une sorte d’exil, fluorescente et seule. Clampdown et Death or Glory se disputent avec l’ambition elle-même. The Guns of Brixton donne à Paul Simonon son premier vrai lead, une chanson de bassiste sur la pression et un quartier qui n’a pas besoin de traduction. Train in Vain est finie si tard que les pochettes sont déjà imprimées ; elle se cache à la fin de la face quatre, non listée, puis devient le tube que l’Amérique entend en premier. Brand New Cadillac et Revolution Rock sont des reprises traitées comme des nouvelles. Les chansons originales leur répondent à la même encre.

I didn’t want them to use it. I thought it was out of focus.

(Pennie Smith, à propos de sa photo de Paul Simonon au Palladium, New York, 21 septembre 1979)

La pochette est l’autre moitié de l’argument. Le 21 septembre 1979, au Palladium de New York, Pennie Smith photographie Simonon qui plante sa basse dans la scène. Le cadre est flou. Elle le croit inutilisable. Ray Lowry pose les lettres roses et vertes en écho au premier album d’Elvis Presley, une blague privée qui devient le visage public du disque. Un groupe qui casse son instrument, habillé dans les vêtements de la musique qu’il était censé avoir tuée : voilà London Calling en une image. Pas un rejet du passé. Un refus de n’en être qu’un seul chapitre.

Ce qui dure, c’est la largeur. Beaucoup de groupes en 1979 savent jouer plus vite. Peu peuvent tenir une chanson d’amour, une chanson de guerre et une comédie de rudies dans la même heure sans que les coutures se voient. The Clash le fait en traitant le genre comme une boîte à outils plutôt que comme un vœu. Posez le diamant n’importe où. L’alarme sonne encore, et quelqu’un dans la pièce essaie encore de danser dessus, ce qui est soit du courage, soit de la politesse. Sur ce disque, c’est les deux.

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