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Choisis la vie, puis la chute

Lust for Life d’Iggy Pop frappe avant qu’Édimbourg ait le temps de se présenter. Trainspotting de Danny Boyle, sorti en Grande-Bretagne en février 1996, s’ouvre au sprint : Ewan McGregor en Renton, les pieds dans la rue, un monologue qui dresse l’inventaire de la vie ordinaire pour la refuser. Le scénario de John Hodge, tiré du roman d’Irvine Welsh paru en 1993, n’explique pas l’héroïne à ceux qui connaissent déjà la blague. La blague, c’est qu’il n’y en a pas, et la caméra court quand même.

Une grande part de la ville à l’écran est Glasgow qui tient lieu de Leith. La tricherie n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est la bande, filmée comme un climat. Le Spud d’Ewen Bremner s’excuse avec tout le corps. Le Sick Boy de Jonny Lee Miller traite le charme comme une arme. Le Begbie de Robert Carlyle n’a pas besoin de drogue pour être le plus dangereux de la pièce. La Diane de Kelly Macdonald arrive plus tard et les regarde comme si elle avait déjà lu la fin. Boyle monte comme un single, trop vite et trop juste, le montage d’une culture qui venait de réapprendre à danser sur des guitares et ne faisait pas confiance au matin.

La bande-son est l’autre metteur en scène. Perfect Day de Lou Reed se couche sur une overdose et donne à l’horreur l’air d’une carte postale. Blur, Pulp, Temptation de New Order, Brian Eno, Leftfield : le Britpop et ce qui se tenait à côté servent de mobilier, pas d’argument commercial. Puis le générique, et Born Slippy .NUXX d’Underworld, un morceau qui n’était pas né pour ce film et en est devenu l’image rémanente. Pendant un an, on ne pouvait plus entendre cette grosse caisse sans voir un sol, un choix, un mensonge dit à toute vitesse.

Joué avec une liberté d’expression souvent stupéfiante.

(Derek Malcolm, The Guardian, 1996)

On a reproché au film, tôt et souvent, d’avoir rendu la misère élégante. Le reproche n’est pas vide. Les affiches orange, les crânes rasés, les blagues, ont voyagé plus loin que le bébé au plafond. La réponse de Boyle est dans la forme circulaire du récit. Personne n’est amélioré par un discours. Renton s’en sort en volant, ce que le film ni ne bénit ni ne cache. Le livre de Welsh était un choeur de dialectes. Le film choisit une paire d’yeux et laisse quand même les autres bousculer le cadre. C’est pour cela qu’en 1996 il avait le goût d’une nouvelle, et qu’il a encore celui d’une pièce qu’il ne faut pas ranger.

Vingt ans plus tard, la suite a voulu revoir les mêmes corps et les a trouvés plus vieux, seule suite honnête pour un film sur le temps volé. Le premier Trainspotting reste celui qui a épousé une humeur nationale sans demander à la représenter : l’ironie comme armure, la pop comme adrénaline, l’amitié comme une mauvaise habitude bien minutée. Iggy ouvre encore la porte. Underworld la ferme encore. Entre les deux, une génération a entendu son propre pouls et a fait semblant, le temps d’une chanson, que la chute était une façon de voler.

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