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PJ Harvey – Boue, fil de fer et gorge u00e0 vif

Une voix qui a changé de sol

Polly Jean Harvey est arrivée du Dorset avec une guitare qui sonnait comme un fil de fer tiré dans la terre mouillée. Née le 9 octobre 1969, elle grandit près de Yeovil, joue dans un groupe local appelé Automatic Dlamini, puis, avec un trio à son nom, fait Dry en 1992. Les chansons ne flirtent pas avec l’abrasion. Sheela-Na-Gig, Dress, Happy and Bleeding: la voix est proche, presque documentaire, et le sujet est le corps, nommé sans la politesse pop habituelle. Le rock indé de ces années avait l’habitude de se cacher derrière le larsen. Elle s’en servait, et on entendait quand même le texte.

Rid of Me, en 1993, enregistré avec Steve Albini, monte le volume jusqu’à ce que les parties calmes sonnent comme une menace. Le titre murmure, puis bondit. Man-Size marche dans des vêtements d’homme et ne demande pas au costume d’être une blague. Le son de salle d’Albini, une batterie comme des meubles qu’on déplace, convient à une chanteuse qui voulait que la prise paraisse inachevée exprès. Le geste suivant est la surprise. To Bring You My Love, en 1995, ouvre la palette: orgue, cordes, Flood et John Parish aux arrangements, une robe rouge sur les photos, et des chansons comme Down by the Water qui pourraient passer pour des murder ballads si la chanteuse n’était pas si clairement maîtresse du mythe.

Elle refuse la version installée de ce succès. Is This Desire?, en 1998, est intérieur, électronique sur les bords, moins intéressé par le personnage de scène. Stories from the City, Stories from the Sea, en 2000, partage son titre entre New York et le Dorset et reçoit le Mercury Prize, avec Good Fortune et This Is Love qui portent une lumière qu’elle ne s’était pas autorisée. Puis elle pose la guitare électrique. White Chalk, en 2007, c’est le piano, la voix haute, une pâleur victorienne. Ceux qui étaient venus pour le trio devaient rencontrer un autre instrument et un autre registre. Elle ne s’est pas excusée du changement. Le changement était la méthode.

Let England Shake, en 2011, est le disque où la méthode rencontre l’histoire. Autoharpe, samples de clairons, des textes sur Gallipoli et les champs d’Angleterre, chantés d’une voix qui ne fera pas le gonflement patriotique. Il lui vaut un second Mercury Prize, chose rare, et il le fait sans sonner comme un disque de prix. The Hope Six Demolition Project, en 2016, emmène le même élan documentaire à Washington, au Kosovo, en Afghanistan, et discute en public de savoir si la chanson d’une visiteuse peut tenir ces lieux. Elle laisse la discussion debout. I Inside the Old Year Dying, en 2023, tiré de son livre de poèmes Orlam, revient au dialecte du Dorset, aux oiseaux, à un monde d’enfant sous la terre. Le sol change. L’attention, non.

Le premier trio a rendu la méthode audible avant les prix. Rob Ellis à la batterie et Steve Vaughan à la basse n’étaient pas un groupe d’accompagnement qui attend une star. Sur Dry puis au studio Pachyderm, dans le Minnesota, où Albini enregistre Rid of Me dans une séquence courte et forte, ils sonnent tous les trois comme une seule discussion sur la proximité d’une voix et d’une caisse claire. Elle a dit, avec d’autres mots au fil des années, qu’elle écrit depuis le corps et trouve le costume après. La robe rouge de 1995, la robe blanche des années craie, le noir de Let England Shake: chacune est une décision prise après les chansons, pas une marque rafraîchie pour un cycle. C’est pourquoi un album de PJ Harvey peut décevoir un fan du précédent et rester le même artiste. La gorge est la constante. La pièce autour a le droit d’être démolie.

Ce qui relie le catalogue n’est pas un look, ni un son de guitare. C’est une chanteuse qui traite chaque album comme un nouvel outillage, puis s’en sert jusqu’à ce que la gorge sonne honnête. On met Rid of Me à côté de White Chalk et la distance est le sujet. Peu de voix rock ont accepté d’abandonner un grondement qui gagnait pour trouver le suivant, le vrai.

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