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Rose Bowl 1988 – Depeche Mode

La nuit où les bras tenaient la mesure

Rose Bowl, Pasadena, 18 juin 1988. Le propre compte de Depeche Mode pour cette nuit est précis, parce qu’ils l’ont imprimé : 60 453 personnes, la 101e et dernière date de la tournée Music for the Masses. Dave Gahan, Martin Gore, Andy Fletcher, Alan Wilder. Un groupe qui a passé le début des années quatre-vingt en formation synthé britannique est, ce soir-là, un acte de stade en Californie, ce qui surprend encore ceux qui les rangeaient en musique de club. Fletcher a dit plus tard que le Rose Bowl était la première fois qu’une radio alternative faisait salle comble à cette taille aux États-Unis. La phrase est promotionnelle et, sur les chiffres, vraie.

D. A. Pennebaker et Chris Hegedus filment. Le film s’appelle 101, et ce n’est qu’en partie un film de concert. Un bus de fans, gagné par concours, traverse le pays vers ce bowl, et les caméras restent avec eux autant qu’avec le groupe. Cette structure compte. Le show est déjà une relation, pas une présentation. Quand arrive Never Let Me Down Again, la relation devient visible : des dizaines de milliers de bras qui vont de côté, une vague que le groupe n’a pas tant conçue que reconnue. Ça devient le geste. On peut regarder le plan et voir une chanson pop acquérir une assemblée.

Autour, le set d’un groupe qui a enfin appris à quel point la synthèse peut être forte dehors. Behind the Wheel, Strangelove, Everything Counts, Just Can’t Get Enough gardé des années Vince Clarke comme un souvenir qui marche encore. Gore a dit que la tournée 1988 était la première fois qu’ils tête d’affichaient des salles de cette taille, la première fois que le groupe décollait vraiment en Amérique. Le Rose Bowl est la nuit où cette phrase cesse d’être un communiqué et devient un plan large.

Il y avait quelque chose de spécial dans toute cette période. Après ce concert, je me souviens de m’être assis dans la loge et d’avoir simplement pleuré. C’était tellement émotionnel.

(Dave Gahan, notes du DVD 101)

Le souvenir de Gahan, après, est petit, et c’est pour ça qu’il tient. Il s’est assis dans la loge et il a pleuré. Pas un effondrement, un surplus. Les shows de stade sont faits pour sembler impersonnels. Celui-ci, selon lui, ne l’était pas. Le film en attrape une part, et en manque une part, comme les films. Ce qu’il ne manque pas, c’est l’échelle des bras, et le fait qu’un groupe sans batteur au sens traditionnel venait de faire bouger un stade en mesure.

La musique alternative en Amérique aime dater son arrivée aux guitares. Le Rose Bowl rappelle que l’arrivée peut aussi sonner comme un séquenceur et un baryton, et ressembler à un champ de manches. 60 453 n’est pas un million mythique. C’est mieux qu’un mythe. C’est un chiffre de tourniquet, attaché à une nuit où Depeche Mode a cessé d’être un secret pour devenir un système météo.

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