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Bodies – Sex Pistols : Pauline, un sac en plastique, et deux basses à Wessex

Le morceau de Bollocks que Sid a vraiment joué

En août 1977, aux Wessex Sound Studios de Londres, Chris Thomas produit et Bill Price est à l’ingénierie. Les Sex Pistols finissent Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols, l’album que Virgin sortira en Grande-Bretagne le 28 octobre. L’essentiel de la basse sur ce disque, c’est Steve Jones. Glen Matlock a été écarté, Sid Vicious ne peut pas porter un album entier, et Thomas fait jouer les parties à Jones. Bodies est l’exception qu’ils laissent audible. Jones dira plus tard qu’ils ont laissé Sid la faire, puis qu’il a doublé une autre basse en gardant celle de Sid tout en bas du mix. Vicious est à l’hôpital, hépatite, avant que la chanson soit finie. Le crédit dit quand même Rotten, Jones, Vicious, Cook.

Le texte n’est pas une prise de position. John Lydon a dit qu’il s’agit d’une personne, une fan de Birmingham prénommée Pauline, passée par un hôpital psychiatrique, qui parlait de vivre dans un arbre, et qui s’est présentée avec un foetus avorté dans un sac en plastique transparent. « She was a girl from Birmingham » ouvre ce récit. Il explique à Melody Maker en octobre 1978 qu’on avait rangé la chanson du côté anti-femmes, ce qu’il juge faux : pas de message social, une seule personne, et ce qui l’avait heurté c’était la vantardise. Des années plus tard il ajoute que la chanson parle de la valeur d’une vie et aussi du fait d’amener quelqu’un au monde sans s’en occuper, et que les fausses couches de sa mère faisaient partie de ce qu’il savait déjà. Le mot tombe sec, six fois. C’est la voix la plus laide de l’album, et elle est précise.

Musicalement, c’est la méthode studio des Pistols à pleine pression. La guitare de Jones est un mur d’overdubs, la batterie de Paul Cook est sèche et devant, et les deux basses rendent le grave plus épais que sur Pretty Vacant ou God Save the Queen. Thomas et Price laissent la voix devant, laide plutôt que lisse. Matlock n’a pas coécrit celle-ci. C’est l’une des deux chansons de l’album dont il n’est pas l’auteur. Le reste du disque avait été construit plus tôt en 1977. Bodies arrive en août, tard, et c’est le morceau qui sonne comme un groupe qui refuse d’arranger le sujet.

Bodies parlait d’une fille qui trimballait vraiment son avortement dans un sac en plastique. Il n’y avait pas de message social, c’était juste une personne.

(John Lydon, Melody Maker, 28 octobre 1978)

L’album qui le porte arrive numéro un en Grande-Bretagne alors que Boots, WH Smith et Woolworths refusent de stocker un disque dont le titre contient « bollocks » et dont les paroles contiennent cette chanson. La pochette façon lettre de rançon de Jamie Reid n’adoucit pas Bodies. Warner Bros. sort le 33 tours aux États-Unis le 11 novembre 1977. Pas de single soigneux pour expliquer le morceau. Il reste un titre d’album, ce qui explique qu’on le rencontre souvent après Anarchy in the U.K. et God Save the Queen, et qu’on le trouve plus dur. Le 14 janvier 1978, au Winterland de San Francisco, dernier concert de la tournée américaine, ils le jouent encore. La nuit se termine avec Lydon demandant au public s’il s’est senti volé.

Écoutez-le après ces deux singles si vous voulez l’ordre qu’a vraiment eu l’année : les hymnes d’abord, puis la chanson qui ne demande pas à être scandée. La basse de Sid est celle du bas. Celle de Jones est celle qui tient. La voix de Lydon est le sujet. Un remaster de 2012 n’a rien écrit de tout ça. La séance, si, à Wessex, en août 1977.

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