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Fields Of Gold – Sting : l’orge à la fenêtre, les pipes au couplet

L’orge autour de Lake House, les pipes en fin de couplet

Le troisième single de Ten Summoner’s Tales regarde par la même fenêtre que les séances. Lake House est entourée de champs d’orge dans le Wiltshire, et Sting a rattaché Fields of Gold à cette vue : une marche dans les prés, une chanson d’amour qui garde le paysage dans le texte, vent d’ouest, soleil jaloux, des enfants qui courent quand la lumière tombe. A&M la sort le 7 juin 1993. Elle atteint la 16e place au Royaume-Uni cet été-là et la 23e du Billboard Hot 100. Au Canada, elle monte à la 2e.

La prise, c’est encore le groupe de Lake House, co-produite avec Hugh Padgham, mixée au Townhouse, masterisée chez Masterdisk à New York. La guitare de Dominic Miller porte l’harmonie. Brendan Power joue le solo d’harmonica. Kathryn Tickell, du Northumberland, joue les smallpipes northumbriennes à la fin des couplets un et trois. Cette anche n’appartient pas à une séance pop londonienne standard, et c’est pour ça que le morceau ne s’aplatit pas en ballade déjà entendue. Le tempo reste lent. Une batterie discrète et un orgue se tiennent sous la voix. Rien dans l’arrangement ne crie.

Kevin Godley réalise le clip, tourné sur environ une semaine avec des caméras motion-control. Sting apparaît en silhouette dorée qui traverse un village britannique sombre : une cabine téléphonique rouge, une boîte aux lettres, la rue vide autour de lui pendant que le monde à l’intérieur de la silhouette est clair et plein de gens. C’est une image maligne. Ce n’est pas le disque. Le disque, ce sont les pipes, l’harmonica, et l’orge.

On travaillait à des heures très sociables, on mangeait très bien, le travail ne s’enlisait jamais, et j’espère que ça se reflète dans la musique.

(Hugh Padgham, Recording Musician, mai 1993)

D’autres versions arrivent plus tard. Eva Cassidy la chante en concert à Blues Alley en 1996, et cette prise se retrouve ensuite sur Songbird (1998). Sa version retrouve les classements des années après sa mort et est certifiée or en Grande-Bretagne par la BPI en mai 2022. Michael Bolton et Zucchero, entre autres, reprennent aussi la mélodie. La lecture de Cassidy est celle qui a renvoyé un nouveau public vers la chanson. Elle est aussi plus lente et plus nue, ce qui rend l’original de Sting plus facile à entendre comme un morceau de groupe, pas une voix seule debout dans un champ.

Ecoutez la prise album de 1993. Attendez Tickell. Les pipes durent quelques secondes et elles changent la température du couplet. L’orge était dehors, derrière la fenêtre du studio. Le single sonne encore comme quelqu’un qui pouvait la voir pendant que la bande tournait. L’espoir de Padgham, que le calme de ces journées à Lake House se retrouve dans la musique, se pose ici plus clairement que sur le single amiral.

La partie de Dominic Miller est simple exprès, des formes de trois notes plutôt qu’un solo, pour que les pipes de Tickell et l’harmonica de Power aient où se poser. C’est l’arrangement de 1993. Cassidy l’a encore dépouillé. Les deux valent l’écoute. Un seul a été fait dans la maison avec l’orge dehors.

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