Bienvenue dans le monde des chroniques objectivement subjectives
 

Histoire de Melody Nelson – Rolls, vélo, cheveux roux, Vannier

L’orchestre de Vannier, une fille nommée Melody

Une Rolls-Royce, un vélo, une jeune fille rousse nommée Melody : Histoire de Melody Nelson s’ouvre comme un court métrage écrit pour basse, guitare et aveu. Sorti en mars 1971 chez Barclay, l’album-concept de Serge Gainsbourg dure à peine une demi-heure et refuse de gaspiller un plan. Jean-Claude Vannier coécrit et arrange la musique ; Jane Birkin prête à Melody sa présence parlée et chantée ; la pochette de Tony Frank fige Birkin sur un fond bleu uni, jean déboutonné, une poupée serrée contre la poitrine.

La section rythmique a été captée à Londres, dans des studios qui, selon Vannier, ressemblaient davantage à des appartements qu’à des usines. Paris a ensuite accueilli les cordes, les couleurs de piano et le chœur des Jeunesses musicales qui font de « Cargo Culte » une cathédrale qui s’effondre. Entre ces pôles : « Ballade de Melody Nelson », « Valse de Melody », « Ah ! Melody » et « L’hôtel particulier », sept chapitres de poursuite, de séduction et de perte, plus chuchotés que chantés. La voix de Gainsbourg reste collée au micro, à mi-chemin du récit et de la blessure.

Le public, d’abord, a haussé les épaules. Le disque s’est mal vendu, puis a attendu. Des décennies plus tard, sampleurs, arrangeurs et auteurs indie ont traité ses figures de basse et ses chocs de cordes comme une écriture sainte. Beck l’a monté au Hollywood Bowl ; Portishead et d’innombrables producteurs en ont prélevé le grain. Ce qui sonnait confidentiel en 1971 se lit aujourd’hui comme un plan de pop française cinématographique : le désir raconté en montage, orchestre et section rock partageant le même système nerveux.

J’aimais l’atmosphère cosy des studios londoniens. Les tapis étaient étalés dans le studio, on aurait dit un appartement. Les musiciens anglais de l’époque n’étaient pas des rockers fous. Ils mélangeaient leur modernité musicale avec le high tea, une coutume que j’aimais beaucoup. La qualité des musiciens a beaucoup compté pour le disque.

(Jean-Claude Vannier, Le Monde, 2008)

Enlevez les rééditions anniversaires et les notes de culte : la séquence originale tombe encore comme un court métrage qu’on entend. Sept scènes, vingt-huit minutes, Melody parlée par Jane Birkin, cordes de Vannier et une basse qui refuse la chanson polie. Gainsbourg a traité l’album comme un storyboard. Le storyboard tient encore sans le mythe.

Share Post
No comments

Sorry, the comment form is closed at this time.