Un deuil joué au pas
Le riff ne pleure pas. Il pose une botte et attend que la caisse claire soit d’accord, et quand elle l’est, toute la chanson devient un cortège qui a décidé que le chagrin sera fort ou ne sera pas dit. Back in Black est un enterrement en vêtements de travail. La voix de Brian Johnson, neuve au micro et déjà rauque du métier, n’imite pas l’homme qui est parti. Elle se présente au service. La cloche du titre n’est pas une métaphore à déplier. Ils sont de retour. Ils portent la couleur.
Bon Scott meurt le 19 février 1980. Le groupe manque de s’arrêter. Puis Johnson, de Gateshead, auditionne, et en avril et mai le groupe enregistre aux Compass Point Studios de Nassau avec le producteur Robert John Mutt Lange. Malcolm Young portait le riff depuis la tournée de Highway to Hell. Angus voulait sortir cette chanson plus que les autres. On dit à Johnson que le texte doit se souvenir de Bon et ne doit pas être triste ou larmoyant. Il faut que ce soit une chose positive. Il a appelé cette commande particulièrement difficile, et le résultat lent pour AC/DC, ce qui n’est vrai que si l’on oublie que lent, ici, veut dire assez lourd pour être un drap. L’album, pochette noire, pas de visages, sort le 25 juillet 1980. Le titre éponyme est la pierre tombale et la fête tenue dans la même cour.
En concert, c’est le moment où les lumières prennent la couleur de la pochette et où la salle comprend le marché : on a le droit d’acclamer, parce que l’acclamation était la consigne. Johnson la chante encore comme un nouveau qui est resté. Angus fait encore son duckwalk dans un requiem. La combinaison devrait être de mauvais goût. Elle est, au contraire, la chose la plus décente que le groupe pouvait faire d’un riff qui refusait de s’asseoir en mineur pour pleurer.
I remember Back in Black was particularly difficult because the boys were saying, listen, we want this song in memory of Bon, but we don’t want it to be sad or maudlin. We want it to be a good thing and a positive song.
(Brian Johnson, archive interview, cited 2020)
La discipline de Lange est partout : les espaces entre les accords, la voix doublée juste assez pour sonner comme une bande et pas comme un chœur, le refus de tout fill qui changerait le deuil en agitation. La guitare rythmique de Malcolm est le vrai mémorial. Elle ne solo pas. Elle tient. Le texte de Johnson, fusées, Cadillac noires et un numéro dans le dos, est un langage de bande dessinée qui fait un travail sérieux, le seul langage auquel ce groupe fait confiance quand le sentiment est trop grand pour l’argot et trop vivant pour la poésie.
Ce qui reste, c’est une chanson que l’on passe à l’heure la plus forte d’un mariage et au bord d’une vraie perte, et les deux usages sont fidèles. Back in Black ne choisit pas entre la veillée et le rappel. Il dit que le rappel est la façon dont cette veillée-là se tient. L’homme n’est pas remplacé. Le riff est la manière dont ils ont refusé de laisser la scène vide. C’est une théologie rude. Elle tient depuis plus de quarante ans, ce qui est plus long que la plupart des délicatesses.