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James Brown – La pulsation la plus travaillu00e9e

Un décompte, tout un groupe de sueur

James Brown ne demandait pas à un groupe de tenir le temps. Il le comptait dans leurs corps. Un genou levé, une main qui tombe, un cri qui est aussi un signal: les Famous Flames, puis les J.B.’s, ont appris à respirer sur sa grille. Né à Barnwell, en Caroline du Sud, le 3 mai 1933 et élevé à Augusta, en Géorgie, il vient du gospel, des concours, et d’une maison de redressement. En 1956, Please, Please, Please a fait d’une supplique un rituel de scène, la cape, l’effondrement, le retour. La chanson n’était pas finie quand le disque s’arrêtait. Elle l’était quand il le disait.

La preuve qu’une salle vivante peut être la composition arrive avec Live at the Apollo, enregistré le 24 octobre 1962 et publié l’année suivante, après qu’il a mis son propre argent derrière un document auquel King Records ne croyait pas. On entend le théâtre lui répondre. Papa’s Got a Brand New Bag en 1965 et I Got You (I Feel Good) déplacent l’accent hors du temps poli, vers le scratch de guitare, le coup de cuivre, le grognement. Cold Sweat, en 1967, est souvent appelé le début du funk, phrase trop nette pour un fait plus brouillon: il déshabillait des chansons jusqu’à la pulsation depuis des années, et maintenant la pulsation était la chanson.

La nuit qui a fixé la légende pour ceux qui n’achetaient pas les disques a été filmée. Au T.A.M.I. Show, en 1964, il passe après une affiche d’adolescents et, le temps que les Rolling Stones doivent entrer après lui, le sol est déjà le sien. Le numéro de la cape, les chutes sur le genou, le micro comme une baguette: rien de cela n’était une décoration posée sur une chanson. C’était la façon de la diriger. En studio il travaillait de la même manière, souvent vite. Papa’s Got a Brand New Bag a été coupé rapidement, le groupe apprenant le nouvel accent pendant que la bande tournait, et c’est pourquoi le disque sonne encore comme une découverte plutôt que comme un produit. Il faisait confiance à la première fois qu’un groove lui faisait peur.

La fin des années soixante donne à cette pulsation une adresse publique. Say It Loud – I’m Black and I’m Proud, en 1968, est un chant avec un backbeat, construit pour qu’une salle finisse la phrase. Il joue pour des soldats, il joue Boston le lendemain de la mort de Martin Luther King et la ville reste debout, et il parle d’affaires comme si posséder les masters faisait partie du rythme. Tous les gestes politiques n’ont pas bien vieilli. La musique n’avait pas besoin des discours pour rester précise. Un seul accord, travaillé jusqu’à ce qu’il avoue, était déjà un argument.

En 1970 le groupe change encore de température. Bootsy Collins, Catfish Collins, Fred Wesley, Maceo Parker: Sex Machine, Super Bad, Soul Power. La basse ne marche pas. Elle frappe. The Payback, en 1973, ouvre comme une menace puis s’installe dans un groove assez large pour qu’on s’y tienne debout. Il infligeait des amendes aux musiciens qui manquaient un pas. Les amendes font partie de la légende et de la méthode. Un disque de James Brown est un mode d’emploi sur lequel on peut danser, livré par un homme qui faisait plus confiance à la répétition qu’à la mélodie.

Les années quatre-vingt le samplent dans une seconde carrière qu’il ne contrôle pas toujours. Des producteurs hip-hop soulèvent le grognement, le scratch, le « one », et bâtissent des chansons neuves sur une seconde de son groupe. Il continue les tournées. Le numéro de la cape ne devient pas une pièce de musée parce qu’il pensait encore l’effondrement. Il meurt le 25 décembre 2006, et les disputes sur la succession lui survivent, note étrange pour un homme qui avait passé cinquante ans à essayer de posséder son propre décompte.

Ce qu’un chanteur lui prend n’est pas un costume, ni un grand écart. C’est l’idée qu’une voix peut être une baguette de chef. On met Cold Sweat ou la bande de l’Apollo, et le temps fort est une décision, prise en public, encore et encore, jusqu’à ce que la salle travaille aussi dur que lui.

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