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Heroes – David Bowie: Two Neumanns at Hansa by the Wall

Two Neumanns at Hansa by the Wall

David Bowie est collé au premier Neumann. Quand il pousse la voix, un micro plus lointain s’ouvre, puis un troisième, et le Studio 2 de Hansa, à quelques minutes à pied du mur de Berlin, remplit la bande. « Heroes » a été enregistré à l’été 1977 avec les guillemets déjà dans le titre : la chanson veut être un hymne et refuse d’y croire tout à fait. La guitare de Robert Fripp tient en long feedback. Les pads synthé de Brian Eno restent froids et stables. Sur la prise album, un peu plus de six minutes, Berlin-Ouest est une pièce où deux personnes osent encore se choisir.

La base instrumentale est venue d’abord. Bowie et Eno l’ont construite avec la section rythmique de Low, Carlos Alomar, George Murray et Dennis Davis, Tony Visconti à la production. Un après-midi, Bowie a demandé à rester seul en régie. Visconti est sorti avec la choriste Antonia Maass le long du mur ; ils se sont embrassés dans la rue. En les regardant avec son assistante Coco Schwab, Bowie a écrit les paroles avant leur retour. Fripp est passé pour une courte session concentrée et a posé la guitare tenue. Eno a traité ce sustain jusqu’à ce qu’il tienne sous la voix comme un second instrument.

Visconti manquait presque de pistes. Il a aligné trois micros Neumann, gated la paire lointaine, et laissé le volume faire l’arrangement. Les passages calmes restent intimes. Quand Bowie dit qu’il peut être roi et que vous pouvez être reine, les micros lointains s’éveillent et la voix gagne en taille. L’album et le single sont sortis en octobre 1977. Ce n’étaient pas des monstrueux hits immédiats en Grande-Bretagne ni aux États-Unis. Ce n’était pas nécessaire : la prise tenait déjà la place publique qu’elle remplirait plus tard.

David pouvait nous voir, et on s’est vite retrouvés dans les paroles, les amoureux qui s’embrassent près du mur.

(Tony Visconti, Sound on Sound)

Au Live Aid en 1985, puis en 1987 dans un Berlin encore coupé en deux, Bowie l’a chanté avec l’ironie amincie mais encore audible. Après la chute du mur, l’histoire a récupéré la chanson. Elle peut porter ce poids. Le couplet qui compte reste petit : deux personnes, des armes au-dessus d’elles, la promesse que rien ne peut tomber. La blague est dans le mot heroes. Le cran, c’est de le dire quand même, même entre guillemets.

Ce qui reste, c’est un truc de production devenu drame. Pas un discours : un noise gate. La salle grossit seulement si le chanteur risque la dynamique suivante. « Heroes » commence encore comme un vœu privé et finit avec la salle qui résonne. D’autres hymnes aplatissent une ville en refrain. Celui-ci garde la fenêtre, le mur et le baiser dans le même cadre, sceptique et utilisable à la fois.

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