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Wish You Were Here – Pink Floyd : une autoradio, puis un violon enterré

Studio Three. Grappelli était en dessous. Ils l’ont payé 300 livres.

La première chose sur Wish You Were Here, le morceau, ce n’est pas le groupe. C’est une radio, enregistrée depuis la voiture de David Gilmour à Abbey Road en 1975, qui glisse d’une station à l’autre. Un bout de musique classique passe. Un bout de leur propre Shine On You Crazy Diamond aussi, qui fuit comme depuis la pièce d’à côté. Puis une guitare acoustique entre, traitée pour sonner comme si elle sortait de cette radio. Une seconde acoustique, sèche, est dans la pièce avec vous. Gilmour joue les deux, et il chante. Waters a écrit le texte. La musique est de Gilmour. Le crédit sur la pochette les nomme tous les deux.

Le morceau est le quatrième de l’album, entre Welcome to the Machine et la seconde moitié de Shine On. Il a été enregistré à Abbey Road avec le reste de Wish You Were Here, de janvier à juillet 1975, ingénieur Brian Humphries, produit par le groupe. Stéphane Grappelli était en dessous, au Studio One, en train de faire un disque avec Yehudi Menuhin. Gilmour voulait un violon country à la fin du morceau. Ils font monter Grappelli, après la discussion habituelle sur le cachet. Il joue. Ils l’enterrent si bas dans le mix qu’on n’attrape le violon qu’après l’arrivée du vent, et ils laissent son nom hors de la pochette parce qu’un crédit aussi discret aurait semblé grossier. Le cachet était de 300 livres.

Harvest sort l’album en Grande-Bretagne le 12 septembre 1975. Il passe n° 1 au Royaume-Uni et aux États-Unis. Le single n’est pas ce morceau. C’est Have a Cigar avec Welcome to the Machine au dos, et Roy Harper chante Have a Cigar parce que la voix de Waters a lâché. Wish You Were Here reste un titre d’album que le public traite quand même comme le single. Sur la tournée In the Flesh de 1977, c’est déjà un chant collectif. Ça le reste : Pulse à Earls Court en 1994, et les retrouvailles du Live 8 à Hyde Park le 2 juillet 2005.

On peut juste l’entendre si on écoute très, très, très fort tout à la fin de Wish You Were Here, on entend à peine un violon entrer après que tout ce vent commence. On a décidé de ne pas le créditer, parce qu’on s’est dit que ça pourrait être un peu insultant. Il a touché ses 300 livres, quand même.

(Roger Waters, entretien pour le songbook de Wish You Were Here)

Les gens entendent une chanson d’amour. Waters l’a décrite comme un morceau sur l’absence : Syd Barrett, et aussi le groupe qui n’était pas présent à lui-même pendant qu’il faisait le disque. La radio est le sujet. Quelqu’un est dans une pièce, et la personne qu’il veut n’est que dans un haut-parleur, à moitié accordé. La prise alternative, où Grappelli est vraiment audible, est restée dans les coffres d’EMI jusqu’au coffret Immersion de 2011. Sur l’album de 1975, il est une rumeur dans le fondu.

Deux acoustiques, dont une qui fait semblant d’être une radio, et un violon qu’on n’entend qu’en se penchant. C’est le titre d’un album sur des gens qui ne sont pas dans la pièce. La poignée de main de la pochette est en feu. Le morceau est la version plus calme de la même idée.

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