L’opéra-rock double de Kit Lambert
En mai 1969, Tommy débarque comme un opéra-rock qui apprend aux arenas à suivre une histoire entre les power chords. Pete Townshend écrit un garçon sourd, muet et aveugle en récit complet ; Roger Daltrey le chante ; Keith Moon et John Entwistle poussent la rythmique. Kit Lambert produit le double qui fait passer The Who du single aux poids lourds conceptuels.
« Pinball Wizard », « See Me, Feel Me », « I’m Free », « Amazing Journey » : des set pieces qui voyagent encore en radio et en soirées entières. Le récit d’abus, de célébrité et de hustle spirituel reste inconfortable ; la musique ne l’adoucit pas. Les versions film et scène ont multiplié le mythe ; le vinyle d’origine reste la coupe la plus nette.
Tommy, c’est le moment où le rock britannique décide qu’il peut vouloir à la fois le volume et l’intrigue. On le joue du début à la fin : les chansons portent encore les chapitres.
That deaf, dumb and blind kid sure plays a mean pinball.
(Pete Townshend, Pinball Wizard, Tommy, 1969)

Sorti le 23 mai 1969 chez Track/Decca, Tommy enseigne encore la leçon du format long : raconter assez fort, avec des personnages nommés, et la foule se penche.