McGee la voulait en premier. Le studio ne l’a pas donnée.
Bring It On Down est la piste sept de Definitely Maybe, entre Supersonic et Cigarettes & Alcohol. Noel Gallagher l’écrit. Liam la chante. Elle devait être le premier single. Alan McGee, chez Creation, entend un riff rapide et moche et pense que c’est l’introduction. En décembre 1993 le groupe réserve le Pink Museum, à Liverpool, pour avoir un début sur bande. La session ne sort pas cette chanson en single publiable. L’ingénieur Dave Scott se souvient de la prise qui meurt dans la pièce : I Will Believe. Noel revient de l’arrière-salle avec Supersonic à la place. Bring It On Down attend.
Noel a été clair sur le riff. Dans le documentaire Definitely Maybe de 2004, il dit que ça sonnait comme les Sex Pistols, et qu’on ne pouvait pas poser une chanson d’amour par-dessus. Dans les notes d’une édition plus tardive, il appelle le morceau un hommage aux Stooges, au MC5 et au punk rock. Les mots collent au riff. Un paria, une underclass, un invité non convié qui reste jusqu’au bout. Il a aussi décrit cet invité comme un type réel, celui qui arrive aux fêtes et ne part pas. Ce n’est pas un hymne. C’est une poussée. Liam la chante droit. Pas d’ornement sur la ligne.
La version de l’album n’est pas la tentative ratée du Pink Museum. Definitely Maybe a été reconstruit après une passe abandonnée à Monnow Valley. Le disque que les gens ont acheté a été enregistré à Sawmills, en Cornouailles, Owen Morris aux commandes avec Mark Coyle et le groupe. Tony McCarroll est encore à la batterie. Guigsy à la basse, Bonehead à la rythmique, Noel au lead. La chanson est plus rapide et plus sèche que les singles autour. Pas de nappe de cordes, pas de longue coda, un backbeat qui pousse Liam. Elle n’a jamais été tirée en 45 tours. Supersonic, Shakermaker, Live Forever et Cigarettes & Alcohol ont pris les places de singles. Celle-ci est restée une piste d’album, celle que les premiers sets sortaient quand ils voulaient que la salle ressemble à une répétition qui a débordé.
J’avais le riff, et ça sonnait comme les Sex Pistols. Mais on ne pouvait pas vraiment écrire une chanson d’amour par-dessus, si?
(Noel Gallagher, Definitely Maybe : The Documentary, 2004)

Sur le premier album fini, sorti le 29 août 1994, l’ordre dit la chose. Supersonic, la chanson écrite parce que celle-ci ne sortait pas à Liverpool, est juste avant. Puis Cigarettes & Alcohol, la figure T. Rex que Noel n’a pas lâchée. Bring It On Down est le morceau du milieu qui sonne encore comme le groupe que McGee a signé : peu de matériel, beaucoup d’attitude, McCarroll qui frappe droit, Liam qui n’orne pas la mélodie. Le mix d’album de Morris lui donne la même voix forte et les mêmes guitares empilées que le reste du disque, sans en faire un des singles. Elle n’a pas besoin d’un refrain qu’on fredonne dans le bus. Elle a besoin que le riff continue.
Elle n’a jamais eu de place à elle dans un classement. Elle n’en avait pas besoin pour rester dans le set. Quand Oasis la joue en 1994 et 1995, elle fait le travail pour lequel le riff a été écrit : une poussée entre les chansons que les gens ont achetées. Le premier single est allé à Supersonic. Bring It On Down est restée la piste sept, la figure Pistols qui a perdu la course et qui ouvre quand même la moitié bruyante de l’album. McGee avait entendu l’introduction. Le studio lui a donné un autre premier disque, et a gardé celle-ci pour la tracklist.