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Gimme Shelter – The Rolling Stones

Un orage, et une voix appelée après minuit

La guitare commence comme un temps qui change d’avis, un frisson plutôt qu’un riff, et le groupe tombe derrière comme s’il avait attendu la première goutte. Mick Jagger ne chante pas une chanson d’amour. Il dépose un rapport. La guerre, des enfants, une rue, un baiser qui est aussi un cri. Puis Merry Clayton arrive et le rapport se déchire. Le viol, le meurtre, ne sont qu’à un coup de feu. Elle ne décore pas la ligne. Elle s’y dépense. Gimme Shelter, l’ouverture de Let It Bleed en 1969, est le son d’une décennie qui remarque qu’elle n’aura pas une fin douce.

Keith Richards l’a appelée une chanson de fin du monde, une apocalypse plutôt qu’un commentaire. Il a écrit la musique, Jagger les mots, Jimmy Miller à la production aux Olympic Studios de Londres, la piste de base déjà un orage, Nicky Hopkins et le groupe construisant une pièce qui semble plus petite que le sujet et exactement de la bonne taille. La voix de Clayton a été enregistrée à Los Angeles, tard, une session arrangée dans la nuit. Elle était enceinte. Elle a chanté la ligne jusqu’à ce que la prise contienne une voix qui casse, et la cassure a été gardée. L’histoire de cette nuit a été racontée si souvent qu’elle peut sonner comme une légende. La bande ne sonne pas légendaire. Elle sonne comme quelqu’un qui blesse la note parce que la note l’a demandé.

Le single n’était pas le sujet. L’album l’était, un disque arrivé alors qu’Altamont, la guerre américaine et la fin des sixties polies s’empilaient sur la même semaine. Sur scène la chanson est devenue une ouverture de set qui pouvait encore effrayer une foule qui connaissait chaque mot. Jagger se penche. Clayton, quand elle était là, répondait d’un endroit que le groupe ne pouvait pas atteindre en étant plus fort. La version de studio est celle qui a encore le frisson dans l’intro, la guitare de Richards un système d’alerte, Charlie Watts refusant de presser la mauvaise nouvelle. La production de Miller est assez sèche pour entendre la panique et assez mouillée pour entendre la pièce.

C’est une sorte de chanson de fin du monde, vraiment. C’est l’apocalypse.

(Keith Richards, sur Gimme Shelter)

On s’en est servi depuis comme bande-son de n’importe quel trouble, ce qui l’aplatit, et elle survit à l’aplatissement parce que la voix est trop précise. Ce n’est pas une peur générale. C’est une femme précise et un homme précis décrivant une année précise, et l’année continue d’être renouvelée par des auditeurs qui n’étaient pas nés. Let It Bleed a d’autres chefs-d’œuvre. Celui-ci est la porte, et la porte ne se verrouille pas de l’intérieur.

Ce qui reste, c’est la cassure de Clayton, le moment où la choriste devient la nouvelle. Gimme Shelter demande un abri et ne prétend pas qu’il y en a un. L’orage dans la guitare n’atterrit jamais tout à fait. Il se rapproche seulement. C’est tout l’arrangement, et il n’a pas vieilli, parce que le coup de feu est encore, dans le temps terrible du texte, tout juste à côté.

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