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Patti Smith – La pou00e9sie, le micro et le grondement

Des chevaux au bord du Bowery

La première ligne de Horses ne demande pas la permission. « Jesus died for somebody’s sins but not mine » tombe en novembre 1975 comme une porte enfoncée dans une église qui usait trop longtemps le même cantique. Patti Smith, née à Chicago le 30 décembre 1946 et élevée dans le sud du New Jersey, était venue à New York pour écrire, pour regarder, et pour se tenir près de Robert Mapplethorpe pendant qu’ils étaient encore fauchés. La pochette est sa photographie: chemise blanche, veste noire, un regard qui n’invite pas tant qu’il défie de détourner les yeux. John Cale produit. CBGB est la salle. Le disque est une lecture de poésie qui a appris à mordre.

Elle n’a pas inventé le punk, et elle n’en avait pas besoin. Elle lui a donné un pouls littéraire. Gloria prend une chanson de Van Morrison et la reconstruit en possession. Birdland et Land s’étirent jusqu’à ce que le groupe, la guitare de Lenny Kaye surtout, doive décider s’il accompagne un poème ou s’il en devient un. Free Money est presque une chanson pop, ce qui ne rend les pièces longues que plus étranges. La scène du downtown autour d’elle, Television, Richard Hell, les Ramones, discutait vitesse et rictus. Elle discutait Rimbaud, puis elle grondait quand même.

Avant l’album il y a eu une lecture. Au début des années soixante-dix, à l’église St. Mark’s, dans le Bowery, elle se tient avec Lenny Kaye et traite une soirée de poésie comme la répétition d’un groupe qui n’existe pas encore. Les livres viennent d’abord, Seventh Heaven, Witt, une façon de mettre le nom d’une femme dans la même phrase que les poètes français qu’elle volait en public. Cet ordre compte. Le rock ne lui a pas donné une voix. Il lui a donné un volume. Quand elle tombe d’une scène à Tampa en 1977 et se brise des vertèbres du cou, l’interruption est physique, pas conceptuelle. Elle revient au même travail: la langue à un volume capable de remplir le CBGB et, plus tard, des salles bien plus grandes, sans devenir un slogan.

Radio Ethiopia, en 1976, est plus dur et moins aimé, document d’un groupe qui pousse au-delà de la légende du premier disque. Easter, en 1978, apporte Because the Night, écrit avec Bruce Springsteen, un refrain assez grand pour la radio et toujours clairement le sien dans les couplets. Wave, en 1979, ferme le premier chapitre. Elle épouse Fred « Sonic » Smith, se rapproche de Detroit, et quitte le circuit. L’absence n’était pas une pause marketing. C’était une vie. Dream of Life, en 1988, avec Fred, contient People Have the Power, une chanson qui sonne à la fois comme un tract et comme une hymne.

La perte la ramène au travail dans une autre tonalité. Fred meurt en 1994. Son frère Todd meurt quelques semaines plus tard. Gone Again, en 1996, est un disque de ces faits, pas une campagne de retour: About a Boy, écrit pour Kurt Cobain, côtoie des chansons qui refusent de presser le deuil. Elle continue de publier des livres. Just Kids, le mémoire de 2010 sur les années Mapplethorpe, reçoit le National Book Award et renvoie un nouveau public vers la chemise blanche de la pochette de Horses. La prose a la même habitude que le chant. Elle nomme ce qu’elle aime, puis elle ne cille pas.

Sur scène dans les décennies d’après, la voix s’est rauquée et les setlists ouvrent encore des portes. Elle peut lire un poème, puis lancer un groupe dans un long Gloria, et la salle comprend les deux gestes comme une seule pratique. Les historiens du punk qui la classent en précurseure manquent le point. Elle n’attendait pas d’être dépassée. Elle bâtissait une façon de se tenir au micro avec un livre dans une main et un grondement dans l’autre, et de penser les deux.

On met Horses et la première ligne ne vieillit toujours pas en nostalgie. C’est un dégagement. Tout ce qui suit, le regard de Mapplethorpe, la production de Cale, les années d’absence, le retour, vient d’une chanteuse qui a traité le rock comme un endroit où la langue pouvait rester dangereuse.

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