1990 : Fincher, cinq mannequins, jukebox en feu
Fin 1990, Freedom! ’90 arrive de Listen Without Prejudice Vol. 1 comme la lettre de rupture la plus nette de George Michael avec sa propre image. Il l’écrit et la produit. Le groove est souple et soul : batterie au feeling live, orgue en stabs, refrain fait pour être crié par des salles qui n’ont plus besoin du blouson de cuir. Le texte nomme le problème : parfois les vêtements ne font pas l’homme, et le portrait dans le cadre doit partir.
David Fincher réalise le clip. Michael n’apparaît pas. Naomi Campbell, Linda Evangelista, Christy Turlington, Cindy Crawford et Tatjana Patitz play-backent dans un manoir pendant que les accessoires Faith sont détruits : guitare, jukebox, blouson, l’identité d’affiche. C’est de la propagande pop contre la campagne précédente, filmée avec la précision froide de Fincher des années avant ses longs métrages Hollywood.
Musicalement, le titre mérite le manifeste. Le refrain monte sans tricherie dancefloor ; les couplets restent conversationnels. On entend une star qui licencie sa propre silhouette et livre quand même un crochet assez fort pour le karaoké des décennies plus tard.
I think it’s time I told you so. There’s something deep inside of me. There’s someone else I’ve got to be.
(George Michael, Freedom! ’90, 1990)

Freedom! ’90 reste l’enterrement public du persona Faith et l’un des refrains les plus repris de Michael. Le clip Fincher fait l’iconoclasme ; le disque fait le chant. Mettez-le après Faith et l’argument saute aux oreilles en quatre minutes : même plume, nouveau refus.
Les top models ont cassé le jukebox à l’écran. Sur enceintes, le groove sonnait déjà libre du costume. Ce double coup explique pourquoi la chanson joue encore comme une déclaration, pas comme un gadget vidéo.