Un single hors album entré directement à la 3e place
Whatever n’est pas une chanson de Definitely Maybe. Les éditions deluxe plus tardives l’y ont rangée. Le disque qui compte, c’est le single autonome que Creation sort le 18 décembre 1994, dans le trou entre le premier album et (What’s the Story) Morning Glory?. Noel Gallagher l’écrit. Liam la chante. Elle dure 6 minutes et 21 secondes, avec un edit radio autour de 3:58. Elle entre directement à la 3e place, le premier top 5 britannique du groupe.
Ils l’enregistrent en 1994 à Maison Rouge, à Chelsea. Owen Morris produit avec Noel. Le groupe pose d’abord la base : Liam au chant et au tambourin, Noel aux guitares électrique et acoustique, Bonehead à la rythmique et au piano, Guigsy à la basse, Tony McCarroll à la batterie. Le dernier jour, ce sont les cordes. Le London Session Orchestra les joue. L’ancien violoniste d’Electric Light Orchestra Wilfred Gibson est dans la section. Nick Ingman arrange les cordes avec Noel. Le single sonne comme cette coupure. Une figure acoustique claire, Liam sur une mélodie haute et ouverte, puis une ligne de cordes que les singles d’Oasis d’avant n’avaient pas eu le budget d’avoir. Mark Szaszy réalise le clip : le groupe avec l’orchestre, pas dans une salle de répétition.
Les faces B font autant de travail que la face A. (It’s Good) To Be Free et Half the World Away sont nouvelles. Slide Away est déjà sur l’album. Half the World Away devient plus tard le générique de The Royle Family, ce qui la porte plus loin que ce passage au classement. L’histoire du single se joue sur huit notes. La mélodie du couplet est proche de How Sweet to Be an Idiot, chanson de 1973 de Neil Innes, un air de son disque solo qui passait aussi dans les spectacles live de Monty Python. EMI, l’éditeur d’Innes, attaque. Oasis transige. Innes reçoit un crédit d’auteur et une part des royalties. Sur les pressages suivants, son nom est à côté de celui de Noel. Les huit notes en cause sont celles sous « I’m free to be whatever I » et sous la phrase-titre d’Innes.
I’m free to be whatever I, whatever I choose, and I’ll sing the blues if I want.
(Whatever, Oasis, 1994)

En concert, ils la jouent parfois avec les cordes, parfois sans. À Knebworth en août 1996, l’harmonica de Mark Feltham la traverse. Ils ont collé des lignes d’Octopus’s Garden et d’All the Young Dudes de Mott the Hoople sur la fin, les « blues » tournés vers Manchester City. Le single de studio ne fait pas ça. Il finit sur l’orchestre et les claps. C’est une sortie de décembre qui n’est pas une chanson de Noël, un pont pendant que Morning Glory s’écrit encore. McCarroll est toujours le batteur. Quelques mois plus tard, il ne le sera plus. Ce single est un des derniers disques classés avec les cinq qui ont fait Definitely Maybe.
La transaction ne l’a pas retirée des radios. La 3e place en décembre 1994 est le plus haut classement qu’ils aient eu. La chanson que les gens ont achetée, c’est la prise de Maison Rouge, Liam devant une vraie section de cordes, pas le remaster qui a plus tard collé le morceau sur un deluxe de Definitely Maybe. Le crédit d’Innes est la correction. Le disque reste celui que Creation a expédié ce mois-là, six minutes, orchestre le dernier jour, Noel et Morris à la production, et huit notes qu’il a fallu partager.