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Live Aid 1985 – Queen

Vingt minutes qui ont plié un stade

L’après-midi du 13 juillet 1985, Queen entre dans un stade de Wembley qui n’a pas acheté ses billets pour les voir. Live Aid est le juke-box mondial de Bob Geldof : Londres et Philadelphie, une audience de télévision comptée en centaines de millions, et un ordre de passage qui n’accorde à la plupart des groupes qu’une fenêtre courte. Queen en a une vingtaine de minutes. Ils ont répété cette fenêtre jusqu’à ce qu’elle tienne dans le muscle. Un extrait de Bohemian Rhapsody, puis Radio Ga Ga, Hammer to Fall, Crazy Little Thing Called Love, et la fermeture enchaînée de We Will Rock You dans We Are the Champions. Freddie Mercury, Brian May, Roger Taylor, John Deacon. Pas de nouvelle épopée. Les tubes, coupés pour tenir dans l’horloge.

Mercury ne chante pas tant le stade qu’il le dirige. Les doubles claquements de Radio Ga Ga traversent quelque 72 000 personnes et transforment un single pop en architecture. Hammer to Fall pousse, un peu ouvert à la couture, et c’est ainsi qu’un groupe live dit la vérité. Crazy Little Thing Called Love balance. Puis le stomp. Au moment de We Are the Champions, le refrain n’est plus une chanson que le groupe possède. C’est la salle, qui répond sur le temps, plus fort que les retours.

Ils ont failli rester chez eux. May a raconté que les quatre pensaient la journée perdue d’avance, Mercury sans l’élan, jusqu’à ce que l’idée de se réveiller le lendemain sans y avoir été devienne pire que le risque. La consigne de Geldof, telle que May s’en souvient, était brute : ne faites pas les malins, jouez les tubes. Ils ont obéi, et l’obéissance était l’idée. Personne dans ce pré n’était venu pour Queen. Au bout d’une chanson, le pré était à eux.

Freddie a été à la hauteur. Quand on a joué Radio Ga Ga et que toute la salle a fait le double claquement de mains, je me souviens d’avoir eu des frissons à cet instant.

(Brian May, MOJO, 2017)

Ce que ces vingt minutes ont fait ensuite, c’est réécrire le dernier chapitre du groupe. Queen, au milieu des années quatre-vingt, est immense et un peu démodé, une machine de studio entre deux longues tournées. Live Aid replace Mercury dans la position pour laquelle il est fait : un débardeur blanc, un pied de micro court, un stade qui répond en mesure. La bande devient le plan que les gens désignent quand ils disent musique live, des années avant qu’un biopic ne la rejoue. La reprise est une copie. Wembley est la chose.

Laissons à la légende sa taille exacte. Ce n’était ni le set le plus long du jour, ni le plus fort, ni le plus vertueux. C’était un groupe qui connaissait assez ses chansons pour qu’un après-midi caritatif ait l’air d’un couronnement, et un chanteur qui traitait 72 000 inconnus comme s’ils avaient répété avec lui. Quand le refrain des champions revient des tribunes, l’arrangement s’achève et le public prend la suite. Cette passation, c’est le concert.

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