EastWest 2017 : jangle d’abord, puis le stop sec
Dirty Water est la piste six de l’album Concrete and Gold des Foo Fighters (septembre 2017), enregistré entre décembre 2016 et mai 2017 à EastWest Studios à Los Angeles avec le producteur Greg Kurstin. Dave Grohl, Taylor Hawkins, Nate Mendel, Chris Shiflett, Pat Smear et Rami Jaffee poursuivent une forme en deux actes qui reste nette au casque : les couplets roulent sur des guitares qui carillonnent et un mid-tempo stable, puis un bref silence ouvre une seconde moitié plus lourde, tête baissée, faite pour les arenas. La pause est le geste de métier. Sans elle, le drop ne serait qu’une section forte de plus ; avec elle, la seconde moitié arrive comme une porte enfoncée.
L’oreille pop de Kurstin (Adele, Sia) rencontre le muscle hard-rock des Foo Fighters sans limer les guitares à plat. La voix de Grohl reste conversationnelle jusqu’à ce que le refrain s’élargisse ; le groupe laisse de la place au drop au lieu d’empiler les riffs dès la première mesure. Cette retenue explique pourquoi la prise studio tient : on attend que le plancher s’ouvre, puis il s’ouvre. Le morceau débute en live à Paris, AccorHotels Arena, le 3 juillet 2017, des semaines avant la sortie de l’album, déjà dans l’architecture soft-loud qui rend la version disque mémorable dès la première écoute et meilleure à la troisième.
En tournée, Dirty Water devient un régulier de set-list, parfois avec Violet Grohl au chant sur des dates ultérieures (dont Madison Square Garden en 2018). Ce n’était pas le lead single (c’était Run), ce qui le laisse libre de travailler comme architecture d’album : le reset milieu de disque avant Arrows et le poli invité de la title track. Écoutez-le dans l’ordre et l’album respire autrement autour de ce stop sec, exactement le travail qu’un deep cut doit faire.
Je voulais travailler avec quelqu’un qui puisse nous pousser dans des endroits où nous n’étions pas allés avant.
(Dave Grohl, sur la collaboration avec Greg Kurstin pour Concrete and Gold, presse 2017)

Écoutez une fois pour le jangle, une fois pour le silence, une troisième pour la façon dont le groupe frappe après. Revenez à la version studio et le stop sec fonctionne encore : une décision de métier, pas un gadget. À côté de Run et The Sky Is a Neighborhood, Dirty Water est la leçon soft-loud la plus claire de l’album, preuve que les sessions Concrete and Gold de Kurstin pouvaient encore sonner Foo Fighters quand les amplis s’ouvrent après une approche calme.
Cinq minutes vingt de patience, puis le volume. Voilà toute la carte. Mettez-le au milieu d’une playlist quand vous voulez que la pièce se penche en avant avant que les guitares frappent : le jangle mérite le drop, et le drop mérite le replay. Peu de titres milieu d’album de 2017 font ce marché aussi nettement.