Bienvenue dans le monde des chroniques objectivement subjectives
 

Richard III – Supergrass : un demi-ton plus bas, sorti contre l’avis du label

Retour à Sawmills, cette fois sans producteur extérieur

Le titre est un nom de travail qui est resté. Supergrass donnait des petits noms aux morceaux inachevés, George ou Miriam ou Richard, et celui-ci était le troisième Richard. Ça sonnait aussi comme le roi de la pièce de Shakespeare, ce qui collait au morceau. Les paroles ne mentionnent ni le roi ni la pièce. Gaz Coombes l’a commencée en quatre-pistes dans sa chambre : une ligne de basse contre un beat qu’il disait façon Stooges, deux accords, puis l’un d’eux glisse d’un demi-ton, la majeur vers mi bémol. Cet intervalle est le triton. Mick Quinn l’a appelé l’accord du diable. C’est pour ça que le couplet a l’air de vous peser dessus.

Après I Should Coco, ils retournent à Sawmills, sur la Fowey, et produisent le deuxième album eux-mêmes avec John Cornfield, l’ingénieur du premier disque. Pas de producteur extérieur cette fois. Ils ont 18 ou 19 ans. Rob Coombes, le frère de Gaz, écrit avec eux et joue des claviers, pas encore membre affiché à part entière. Sam Williams joue bien du thérémine, la ligne fine au fond du mix. Le morceau dure 3:13. Parlophone le sort le 31 mars 1997, catalogue CDR 6461. Coombes dira plus tard qu’ils l’ont sorti un peu contre l’avis de la maison de disques. Il suit Going Out, et il doit montrer qu’Alright n’était pas tout le groupe.

Le classement officiel daté du 12 avril 1997 le place numéro deux. Il n’atteint pas le un : I Believe I Can Fly de R. Kelly est devant. L’Irlande culmine à 30, l’Islande à 21, l’Australie à 75. Les faces B sont leur journal de studio. Sometimes I Make You Sad n’a presque pas de batterie, juste une cymbale et une boucle de grognements du groupe. Le solo de guitare a été enregistré à demi-vitesse puis accéléré jusqu’à sonner comme une mandoline. Sometimes We’re Very Sad est la prise où ils essaient de grogner sans rire, avec Gaz à la fin qui se plaint qu’ils ont assassiné la chanson de Mickey. Dom and Nic tournent le clip dans un sous-sol poudré de terre de Fuller, dont ils admettront plus tard qu’elle était nocive. Mick essaie de partir et se fait ramener. Son nez saigne. Rob joue du thérémine devant une télé. Une goutte d’eau touche un câble et le solo de guitare démarre. Gaz est sur une Gibson SG rouge. Sur le DVD Supergrass Is 10, les réalisateurs disent que c’est une des fois où ils ont failli tuer le groupe.

La première semaine, on est entrés et on a joué Richard III, et on s’est dit : putain, c’est génial. À chaque album, on s’est sentis plus maîtres.

(Gaz Coombes, entretien avec Robert Collins, 2004)

In It for the Money suit le 21 avril 1997, trois semaines après le single, et atteint la deuxième place des albums. Le NME donne 8/10 à l’album. Richard III est la piste deux, après la chanson-titre, et elle annonce le changement de température : saturée, presque glam dans l’attaque, rien à voir avec le piano désaccordé de 1995. L’idée de série pour Spielberg, née du clip d’Alright, est déjà morte. Coombes le dit clairement au Guardian des années plus tard : Spielberg voulait une série, et eux voulaient y arriver par la musique, pas par les rouflaquettes.

Le numéro deux du single rime joliment avec Alright, et le groupe l’a remarqué. Même pic, humeur opposée. Ils ont dit l’avoir sorti contre l’avis du label justement parce que les deux chansons étaient si différentes, et que les deux se sont arrêtées à une place du sommet. Enchaînez-les et le demi-ton est tout l’argument. L’une demande si vous vous sentez alright. Celle-ci dit que s’échapper est la chose la plus dure que vous connaîtrez, puis la guitare continue quand même.

No comments

Sorry, the comment form is closed at this time.