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The Beatles – A Day In The Life

Un journal, un réveil et quarante musiciens qui montent

Le 19 janvier 1967, John Lennon est au piano dans les studios EMI d’Abbey Road, un exemplaire du Daily Mail devant lui. Deux brèves deviennent les couplets de « A Day in the Life », la dernière chanson de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Un article parle de Tara Browne, l’héritier de 21 ans d’une part de la fortune Guinness, mort le 18 décembre 1966 quand sa Lotus s’est écrasée à South Kensington. Lennon en tire la ligne sur un homme qui a perdu la tête dans une voiture. Il dira plus tard qu’il ne rédige pas un fait divers. Il se sert du choc du titre.

Un entrefilet sur des travaux, quatre mille trous à Blackburn, dans le Lancashire, lui donne le couplet suivant. Il compte les trous jusqu’à ce que l’Albert Hall entre dans la ligne, parce que le nom se chante clairement. Paul McCartney écrit la section du milieu, celle qui commence par « Woke up, fell out of bed », à partir de matins ordinaires, d’un bus et d’une cigarette. Entre la partie de Lennon et ce milieu, le groupe laisse un trou de vingt-quatre mesures.

Mal Evans, l’assistant de tournée, compte ces mesures à voix haute sur la bande, pour que les musiciens sachent où ils en sont. Il règle aussi un réveil pour marquer la fin du trou. La sonnerie reste dans l’enregistrement. Elle part juste au moment où la section de McCartney commence. George Martin produit les séances. Geoff Emerick est à la console. La piste de base, avec la voix de Lennon et la guitare acoustique, est déjà là avant qu’on parle d’un orchestre.

J’écrivais A Day in the Life avec le Daily Mail calé devant moi. Il y avait un paragraphe sur quatre mille trous à Blackburn, dans le Lancashire et une histoire sur un héritier Guinness mort dans un accident de voiture.

(John Lennon, The Beatles Anthology)

Le 10 février 1967, quarante musiciens d’orchestres londoniens entrent dans le Studio One en tenue de soirée, parce que le groupe le leur a demandé. Martin dit à chaque instrumentiste de partir de la note la plus grave que l’instrument peut donner et de monter jusqu’à la plus aiguë sur ces vingt-quatre mesures. Personne ne reçoit les notes du milieu. Chacun choisit le chemin. Martin dirige. McCartney dirige aussi, depuis un pupitre, en costume blanc. Une seconde montée est enregistrée pour la fin du morceau.

L’accord final est un mi majeur frappé en même temps sur plusieurs pianos et un harmonium par Lennon, McCartney, Ringo Starr, Martin et Evans. Emerick monte le volume lentement pendant que le son meurt, si bien que l’accord semble durer plus longtemps qu’un piano ne peut le tenir. Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sort en Grande-Bretagne le 1er juin 1967. La BBC refuse de passer « A Day in the Life » à la radio. La ligne qu’elle cite est « I’d love to turn you on. » Le reste de l’album peut s’entendre. La dernière chanson, celle bâtie sur un journal, un trou compté et quarante personnes qui montent, reste hors de l’antenne.