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The Beatles – Strawberry Fields Forever

Deux enregistrements collés au milieu, sur un jardin de Liverpool

À l’automne 1966, John Lennon est à Almería, dans le sud de l’Espagne, pour jouer dans How I Won the War de Richard Lester. Entre les scènes, il écrit « Strawberry Fields Forever » à la guitare. Le titre est un lieu, pas un rêve inventé pour le studio. Strawberry Field était un foyer pour enfants de l’Armée du Salut à Woolton, Liverpool, à quelques minutes de la maison de tante Mimi, Menlove Avenue, où il a grandi. Enfant, il escaladait le mur et jouait dans le parc avec Ivan Vaughan et ses autres amis.

Les Beatles enregistrent la chanson aux studios EMI d’Abbey Road, entre le 24 novembre et le 22 décembre 1966. George Martin produit, Geoff Emerick est à la console. Le premier arrangement est plus lent. Paul McCartney joue la phrase de flûte au Mellotron qui ouvre le disque. Lennon demande ensuite une version plus lourde, avec violoncelles et trompettes écrits par Martin. Ils se retrouvent avec deux enregistrements terminés, dans des tonalités différentes et à des vitesses différentes.

Lennon aime le début de l’un et la suite de l’autre et il demande à Martin de les joindre. Emerick accélère une bande et ralentit l’autre jusqu’à ce que la hauteur corresponde, puis il colle les deux vers la marque d’une minute. La jointure est encore là si on écoute la batterie : le son du kit change sous la voix. Martin a dit ensuite que les vitesses s’étaient rejointes plus nettement qu’il ne l’espérait.

Le texte reste dans cette incertitude. Lennon chante que vivre est facile les yeux fermés, puis qu’il devient dur d’être quelqu’un. Il ne rédige pas un mode d’emploi. Il décrit l’écart entre le garçon du jardin de Woolton et l’homme qui vient d’arrêter les tournées.

Strawberry Fields est un vrai lieu. Après avoir cessé d’habiter Penny Lane, je suis allé chez ma tante, qui vivait dans une jolie maison jumelée. J’allais jouer au foyer de l’Armée du Salut.

(John Lennon, entretien à Playboy, 1980)

Parlophone sort la chanson en Grande-Bretagne le 17 février 1967, en single à deux faces principales, avec « Penny Lane ». Elle atteint la deuxième place. « Release Me » d’Engelbert Humperdinck l’empêche d’arriver en tête. C’est le premier single des Beatles à manquer la première place au Royaume-Uni depuis « Love Me Do » en 1962. Capitol la publie aux États-Unis le 13 février 1967. Là, le single atteint la première place du classement Billboard, avec « Penny Lane » indiquée comme face mise en avant.

Un court film est tourné les 30 et 31 janvier 1967 à Knole Park, à Sevenoaks, dans le Kent. Le réalisateur est Peter Goldmann, un Suédois recommandé par Klaus Voormann. Les quatre courent autour d’un chêne mort, le piano est dehors et des bouts d’image passent à l’envers. La chanson n’entre pas sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, sorti le 1er juin 1967, mais la méthode, oui. Deux enregistrements forcés en un seul et une adresse d’enfance traitée comme si elle était encore une carte.