Curtis Mayfield met en musique le fantasme de sortie d’un dealer harlémito
Youngblood Priest veut encore un deal, puis une vie qui n’en ait plus besoin. Super Fly de Gordon Parks Jr., sorti à l’été 1972, suit Ron O’Neal à travers Harlem dans un manteau qui photographie comme une armure et une Cadillac qui photographie comme une thèse. L’intrigue est le vieux fantasme de sortie : un coup, puis dehors. Ce qui fait tenir le film n’est pas le fantasme. C’est la friction entre les images, qui aiment la surface, et les chansons de Curtis Mayfield, qui refusent de la célébrer.
Mayfield a écrit Little Child Runnin’ Wild, Pusherman, Freddie’s Dead et Superfly comme s’il avait été engagé pour un autre film, celui où le manteau ne gagne pas. La basse ne applaudit pas. Elle avertit. Freddie’s Dead est un enterrement mené à un tempo où l’on peut danser, le tour le plus cruel et le plus honnête de la partition. L’album est arrivé avec le film et, pour beaucoup d’auditeurs, a survécu à l’intrigue. On peut connaître le visage de Priest sur une affiche et avoir appris l’histoire sur le disque, où le dealer n’est pas un héros et où l’enfant du titre n’est pas un accessoire.
Parks Jr., fils du photographe et cinéaste Gordon Parks, filme le quartier comme un lieu où le style est une forme d’abri. Sheila Frazier, Carl Lee, la rue elle-même : personne n’est prié de porter un slogan. Ce refus a irrité ceux qui voulaient que le cinéma noir soit une salle de classe. Junius Griffin, de la NAACP d’Hollywood, a entendu un régime de proxénètes et de dealers et l’a dit en public. Il nommait un vrai danger. Il manquait aussi l’argument que Mayfield avait déjà mis sur bande. Le film glamourise un homme qui tente de partir. Les chansons décrivent ce que coûtent le départ, et qui paie quand ils ne sont pas dans la Cadillac.
Nous devons exiger que nos enfants ne soient pas exposés à un régime permanent de soi-disant films noirs qui glorifient les hommes noirs en proxénètes, dealers, gangsters et super-mâles.
(Junius Griffin, Hollywood NAACP, 1972)
Super Fly est devenu le plus gros succès de sa vague blaxploitation, puis un modèle qu’Hollywood a poncé en suites et imitations plus sûres. La dernière marche de Priest reste l’image que l’on cite. La meilleure citation est une ligne de Mayfield chantée presque doucement, la façon dont une mauvaise nouvelle voyage quand elle veut être retenue. La soul, en 1972, n’était pas seulement dévotion et romance. Elle pouvait être du reportage avec un groove, un sermon qui n’attendait pas que l’assemblée s’assoie. Parks vous donne le manteau. Mayfield vous dit de quoi le manteau est fait.
Un demi-siècle plus tard, le film se regarde de deux façons à la fois, ce qui est la bonne. On voit le cool, parce que le cool est réel, gagné, local. On entend l’avertissement, parce que Mayfield n’aurait pas signé une célébration. Pour les fans de musique, les portes sont d’abord l’album : Pusherman, Freddie’s Dead, le titre éponyme, le wah et la conscience dans la même poche. Entre ces deux pistes, image et chanson, Super Fly reste un objet culte qui se dispute en public. Peu de films de crime s’en donnent la peine. Celui-ci avait un compositeur qui pensait que le public pouvait tenir une contradiction le temps d’un album, et il avait raison.