Vince Taylor cover that opens London Calling
Ça ouvre sur un snarl de guitare sans échauffement. En quelques secondes on est dans la version The Clash de Brand New Cadillac, le rockabilly 1959 de Vince Taylor qu’ils placent tôt sur London Calling (1979). Ce n’est pas un hommage poli sous naphtaline. La guitare de Mick Jones pousse comme une voiture sans limiteur. Joe Strummer gueule le texte comme si la Cadillac brillante était aussi une blague de classe et un plan de fuite. La basse de Paul Simonon reste serrée et méchante. La batterie de Topper Headon tient la poussée droite. Le double album étirait déjà le punk vers le reggae, la soul et la politique de journal ; ce titre est le démarrage à froid qui prouve qu’ils pouvaient encore faire court, rude et blues sans réunion de comité.
The Clash traitaient rarement la nostalgie comme plan de carrière. Leur brief allait vers l’avant : musical, politique, rue. Pourtant Brand New Cadillac fonctionne comme un salut au rock ‘n’ roll primitif filtré par le diesel londonien de fin des 70s, les amplis de squats et la pression de Wessex Studios. C’est court, fort, sans complexe. Sous leur arrangement, l’histoire d’amoureux perdus lit davantage vitesse, argent et alienation en cuir. La voix de Strummer est à moitié exaltée, à moitié trahie, ce qui empêche le texte cartoon de rester cartoon.

Ce n’était même pas prévu comme pièce peaufinée pour l’album. Le groupe l’a joué en warm-up ; le producteur Guy Stevens a lancé l’enregistrement sans annoncer une vraie prise. Ce qu’on entend est essentiellement un premier passage. Stevens était connu pour le chaos en salle, meubles compris, quand il voulait du nerf plutôt que du propre. Cet instinct est resté sur la bande : le morceau sonne encore à un virage de quitter la route, et c’est pour ça qu’il réveille encore une face de London Calling qui aurait pu se noyer dans l’ambition et les overdubs.
En 1979, le punk se divisait déjà en new wave, post-punk et two-tone. Brand New Cadillac est sur cette charnière : une coque années 50 avec l’urgence des 70s. Quatre Londoniens de classe ouvrière transforment des accords empruntés en arme de set live. En concert, le public partait non pas parce que le single était un tube drapeau, mais parce que le tempo et le riff ne laissaient aucune place pour rester poli entre les chansons sur les syndicats, la radio bridée et les bombes espagnoles.
Le titre résume aussi la méthode du groupe : pièces volées, fureur en plus, aucune file unique. Pas besoin de manifeste quand l’adrénaline par seconde est aussi haute. Sur London Calling, il reste la preuve que The Clash pouvaient honorer le rockabilly sans limer le grain, et que l’instinct bordelique de Guy Stevens battait parfois une troisième prise.