Drum machine and Furuholmen’s locked riff
Une boîte à rythmes et le riff de clavier de Magne Furuholmen démarrent ensemble, calés sur un mid-tempo clair, et la voix de Morten Harket grimpe en falsetto, posée au-dessus du mix comme un instrument solo.
a-ha n’a pas réussi Take On Me du premier coup. Pål Waaktaar et Furuholmen avaient le morceau ; une version 1984 produite par Tony Mansfield a à peine charté. Warner Bros. les laisse recommencer. Alan Tarney produit la prise qui reste, pour Hunting High and Low, sorti en 1985. Le single monte No. 2 en Grande-Bretagne et No. 1 du Billboard Hot 100. La note du refrain d’Harket paraît traitée ; c’est sa voix, enregistrée assez sèche pour rester nette. Le clip, réalisé par Steve Barron et rotoscopé par Michael Patterson et Candace Reckinger, fait passer une fille au crayon d’une BD à un café, en partie tourné au Kim’s Cafe à Londres. MTV le diffuse en boucle. On ne sépare plus le dessin du falsetto. Ils arrivent ensemble à la troisième version commerciale du titre.
Harket a dit que la note haute n’était pas un numéro. La mélodie y allait, il a suivi. La prod de Tarney est brillante et serrée : basse synthé qui rebondit, guitares discrètes, voix énorme au centre. La figure de clavier de Furuholmen est encore celle que les amateurs ratent d’un doigt. Sous le hook célèbre, le texte de Waaktaar est une demande claire : être pris au sérieux par quelqu’un qui part. La radio a gardé le vernis de l’arrangement. La demande explique pourquoi le disque tient sans le clip.
La note aiguë n’était pas un numéro. La mélodie allait là, et moi aussi.
(Morten Harket, interview)

En live, le test est de savoir s’il monte encore. Il le fait, soir après soir, et la salle attend cette mesure. Le clip au crayon a été copié jusqu’à lasser. Le disque, non. C’est du métier studio 1985 : trois Norvégiens à Londres, un producteur qui connaissait la radio AOR, un chanteur dont la tessiture est sur bande. La version Mansfield est une note de bas de page. Celle de Tarney est le master.
Il reste une figure difficile faite pour paraître simple. Le riff est facile jusqu’à ce qu’on le joue. Le refrain sourit jusqu’à la dernière mesure, où la voix doit poser. a-ha a passé des années à être le clip de Barron : café, cases de BD, une main à travers le graphite. Dessous, la chanson parle d’être pris en compte et de ne pas être laissé. Les synthés restent clairs ; le texte reste demandeur. Ce décalage explique qu’un single de 1985 arrête encore les gens dans une cuisine.