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Superstition – Stevie Wonder : un riff de clavinet que Motown n’a pas lâché

Electric Lady, un clavinet, et un riff promis à Jeff Beck

À l’été 1972, Stevie Wonder est à Electric Lady Studios, à New York, sur l’album qui deviendra Talking Book, avec Robert Margouleff et Malcolm Cecil autour des machines. Wonder joue alors presque tout lui-même. Il veut quand même un guitariste. Margouleff et Cecil font venir Jeff Beck, qui pose des parties sur Lookin’ for Another Pure Love. L’échange, tel que Beck le comprend, c’est un morceau neuf pour lui.

Beck a raconté la version batterie : il tapait sur le kit, Wonder est entré et lui a dit de ne pas s’arrêter, et la figure de clavinet est sortie de cette pièce. Le récit de Wonder au Detroit Free Press est plus simple. Il a écrit Superstition en pensant à Beck, et il l’a dit à Motown. Berry Gordy a entendu un tube capable de porter l’album et a voulu le disque de Wonder en premier. Beck, Bogert & Appice ne sortent leur version qu’en mars 1973. Wonder est déjà numéro un.

Talking Book paraît le 27 octobre 1972 chez Tamla. Superstition est le single, avec You’ve Got It Bad Girl en face B. Cecil a décrit l’ordre des prises : Wonder pose la batterie avec le morceau seulement dans la tête, puis la basse Moog, puis le Hohner Clavinet. Il est crédité au chant, à la batterie, au clavinet et à la basse Moog. Margouleff et Cecil font passer le clavinet dans des pédales de guitare, un Mu-Tron et une wah, pour que le riff aboie au lieu de tinter. La trompette est Steve Madaio. Le saxophone ténor est Trevor Lawrence. Wonder a qualifié le Clavinet, en peu de mots, de funky, sale et puant. Sur ce morceau, il s’en sert enfin ainsi, pas comme d’un clavier gadget.

Le single est numéro un du Billboard Hot 100 et du chart soul en janvier 1973. C’est le titre qui fait du nouveau Wonder, celui qui a déchiré l’ancien contrat Motown pour revenir se produire lui-même, un fait pop. Beck ne part pas les mains vides. Wonder lui donne Cause We’ve Ended as Lovers, qui devient le centre émotionnel de Blow by Blow en 1975.

J’ai dit à Motown : « Écoutez, je l’ai fait pour Jeff Beck. Il aime le morceau. »

(Stevie Wonder, Detroit Free Press)

Le disque à écouter est la prise d’album de 1972, environ quatre minutes et demie, pas un edit de compilation plus tardif. Le clavinet énonce le riff avant la voix. Les cuivres répondent par des coups courts. La batterie est sèche et proche. Rien n’y est décoratif. Quand le chant entre, il discute déjà avec un groove qui a dit l’essentiel.

La version de Beck est plus lourde, plus tardive, et c’est un autre morceau, comme toute reprise. Celle de Wonder est celle qui a été numéro un, et celle qui explique encore pourquoi un clavier conçu pour le baroque s’est mis à parler funk. Il avait promis le riff. Motown le lui a fait garder. Le single, c’est le son de cette dispute.

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