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You Are The Sunshine Of My Life – Stevie Wonder : Gilstrap chante la première ligne

Les choeurs d’abord. Le Rhodes ensuite.

La première voix de You Are the Sunshine of My Life n’est pas celle de Stevie Wonder. Jim Gilstrap chante les deux premières lignes, Lani Groves les deux suivantes, et Wonder n’entre qu’ensuite, le Fender Rhodes déjà en mouvement dessous. Gloria Barley les rejoint dans les choeurs. C’est une porte étrange pour une chanson d’amour, et c’est ce qu’on entend avant n’importe quel chiffre de classement.

Le morceau ouvre Talking Book, sorti aux Etats-Unis le 27 octobre 1972 chez Tamla. Wonder l’a écrit, produit, et il joue le Rhodes et la batterie. Scott Edwards tient la basse électrique, Daniel Ben Zebulon les congas. Malcolm Cecil et Robert Margouleff, le duo du synthétiseur TONTO, sont producteurs associés et ingénieurs, avec des séances réparties entre l’Electric Lady à New York, Crystal Sound, le Record Plant et AIR. Edwards a raconté plus tard que Wonder avait la forme tout seul, a assis le groupe, a joué le morceau, et a réservé le studio le soir même parce que la pièce sonnait déjà comme un tube.

Tamla sort le single le 10 mars 1973, avec Tuesday Heartbreak en face B. Le 45 ajoute des cuivres que le mix de l’album ne porte pas de la même façon. Il atteint la première place du Billboard Hot 100 pour la semaine du 19 mai 1973, et c’est le premier n° 1 de Wonder au classement Easy Listening. En Grande-Bretagne, il passe deux semaines à la 7e place en juin. Aux Grammy 1974, il gagne le Best Male Pop Vocal Performance, avec des nominations pour Record of the Year et Song of the Year.

Wonder a 22 ans quand le single passe n° 1, déjà sorti des années d’apprenti Motown et entré dans les albums qu’il contrôle lui-même. Talking Book est le disque où les chansons d’amour et les morceaux funk partagent une méthode : il joue la plupart des instruments, Cecil et Margouleff tiennent le synthétiseur, et les invités sont là pour une couleur. Ici, cette couleur, c’est la basse d’Edwards et les congas de Zebulon. Les cuivres arrivent sur le single parce que la radio de 1973 aime encore un aigu brillant. La prise album est plus sèche, et c’est pour ça que l’entrée de Gilstrap semble proche, une voix dans la pièce d’à côté plutôt qu’un choeur posé sur le mix.

Il avait travaillé la structure tout seul. Mais une fois qu’il nous a tous réunis, il s’est mis à la jouer. On s’est joints à lui et on a tous senti que l’ambiance et la direction du morceau, c’était un tube. Il était tellement excité qu’il a dit : ce soir on va au studio et on l’enregistre.

(Scott Edwards, Songfacts)

L’arrangement reste léger exprès. Accords de Rhodes, basse ronde, congas contre la batterie de Wonder, les choeurs qui se posent dans un motif doux une fois qu’il prend la mélodie. Après l’attaque de clavinet de Superstition, le single précédent du même album, celui-ci vend la facilité. Ce contraste est le sujet de Talking Book : un disque, deux façons d’être n° 1 pop.

Les reprises arrivent vite, Frank Sinatra parmi elles, mais la prise qui compte est celle de 1972. Ecoutez la version de l’album, pas une pochette de compilations plus tardive. Gilstrap ouvre encore la porte. Wonder attend encore deux lignes. Le Rhodes sonne encore comme quelqu’un qui avait fini la chanson dans sa tête avant que le groupe s’assoie.

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