Triple CD libre de Warner
Le 19 novembre 1996, moins d’une semaine après la fin de son contrat Warner Bros., Prince sort Emancipation sur NPG Records avec distribution EMI. C’est son dix-neuvième album studio et son premier triple officiel. Chacun des trois CD est mixé pour durer exactement soixante minutes, une discipline qu’il visait depuis la version triple abandonnée de ce qui est devenu Sign o’ the Times.
1996 est déjà chargé : la B.O. Spike Lee Girl 6 en mars, l’adieu Warner Chaos and Disorder en juillet, puis cette déclaration de trois heures en novembre. Les sessions à Paisley Park s’étendent de fin 1994 à octobre 1996. Le single Betcha by Golly Wow!, reprise des Stylistics, sort avec un clip tourné à Paisley Park avec Mayte Garcia et la gymnaste olympique Dominique Dawes. The Holy River / Somebody’s Somebody suivent début 1997.
Sur trente-six titres, le disque va du funk de fête (Jam of the Year, Get Yo Groove On) aux reprises calmes (I Can’t Make U Love Me, One of Us) et aux chansons de mariage liées à sa vie avec Mayte. Le troisième disque ouvre sur Slave, le mot qu’il avait peint sur son visage pendant la guerre avec Warner. Voix invitées et énergie live côtoient la programmation solo.
Un concert à Paisley Park le 12 novembre 1996 est diffusé en même temps sur MTV, VH1 et BET, avec Boys II Men, Mavis Staples et D’Angelo parmi les invités. L’album démarre à la 11e place du Billboard 200 et à la 6e des Top R&B Albums. La RIAA compte le coffret triple vers le double platine en février 1997.
Mariage et paternité imminente colorent le disque du milieu : Let’s Have a Baby, Friend, Lover, Sister, Mother/Wife, et l’intro parlée de la reprise des Stylistics. La joie sur ces bandes côtoie le deuil qui suit la mort de l’enfant du couple le même automne, un contexte que les auditeurs entendent même quand les notes restent brèves.
Emancipation, c’est la liberté. Libre de faire ce que je veux de ma musique.
(Prince, commentaires presse autour de la sortie NPG/EMI, 1996)

La Jam of the Year Tour dure des mois avec Kirk Johnson, Rhonda Smith, Morris Hayes, Kat Dyson, Mike Scott et Marva King, transformant les titres denses en workouts de groupe. Les disquaires traitent le triple pack comme un événement ; les fans comme la preuve que quitter le major ne veut pas dire silence.
Au catalogue, Emancipation est le long soupir après les années glyphe. C’est inégal par design : trois heures laissent de la place au remplissage et aux gardiens. Les reprises annoncent l’affection pour la soul Philly et la radio R&B adulte ; les titres de fête originaux gardent le bounce de Minneapolis.
Commencez par Betcha by Golly Wow! ou The Holy River pour le visage radio, puis plongez dans Face Down et Slave pour la guerre de contrat encore audible dans le mix. La liberté se mesure ici en minutes par disque.
Les rééditions de 2019 remettent le triple en vinyle et en streaming avec de nouveaux passages en charts. Pour qui suit la sortie de Warner, c’est le tour de victoire qui sonne encore comme trois albums collés bout à bout volontairement.