Food Records, juin 1993: le second single de Modern Life
La guitare arrive déjà agitée. Les lignes de Graham Coxon ne décorent pas le chant de Damon Albarn ; elles lui répondent, claires et un peu abrasives, pendant que Dave Rowntree tient un backbeat ferme et qu’Alex James ancre le sol avec une basse volontairement simple. Chemical World, sur Modern Life Is Rubbish (mai 1993), c’est Blur qui nomme le vernis plastique de l’Angleterre contemporaine sans transformer la plainte en tract. Albarn chante comme si la high street était un laboratoire et chacun un échantillon. La figure stop-start en tête de la version UK vous pousse dans l’argument avant que le refrain ouvre de l’air. Le refrain frappe fort parce que le groupe laisse de l’espace. Rien dans le mix ne se félicite.
Stephen Street produit les sessions UK après le virage hors du baggy de Leisure. Food sort Chemical World en second single le 28 juin 1993, après For Tomorrow ; le titre plafonne à la 28e place UK (même pic que le premier single) et à la 27e du Modern Rock américain. SBK avait poussé un package plus « US »: une démo et un retravail Clive Langer/Alan Winstanley circulent côté américain, tandis que la version Street britannique garde la morsure sèche et le portrait de guitare plus net. Cette clarté est le sujet. Le morceau parle de saturation, sans sonner saturé. Les faces B du single, dont une reprise de Maggie May de Rod Stewart, montrent un groupe encore en chasse d’angles.
Dwight Clarke réalise le clip: les quatre dans un pré, coupés avec des gros plans d’escargots, d’oiseaux, de petite vie. Calme pastoral contre un texte sur la modernité chimique. L’idée est simple, et elle tient parce que le groupe a l’air détendu plutôt que posé. Sur scène, le titre prouve que Blur peut écrire un hook sans adoucir le sarcasme qui définira bientôt Parklife. Le détail anglais est déjà là ; la morsure aussi.
On voulait écrire sur l’Angleterre telle qu’on la ressentait, pas comme une carte postale. Les chansons devaient être précises, sinon ce n’aurait été que du bruit.
(Damon Albarn, sur la période Modern Life Is Rubbish)

Chemical World convainc une partie du public que le deuxième album de Blur n’est pas un repli mais une réorientation. La vague Britpop empruntera le détail anglais et perdra parfois la morsure. Ce single la garde: la guitare de Coxon reste l’argument; la mélodie d’Albarn reste l’invitation. Des compilations plus tardives lui ont redonné une seconde vie après qu’il ait manqué certains best-of.
Remettez-le: la métaphore de laboratoire tient encore, emballage brillant, air mince, un groupe qui refuse de faire semblant que la high street soit inoffensive. Chemical World, c’est là que Blur apprend à sonner anglais sans sonner mou, et la leçon traverse Parklife.