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The Cure – Killing An Arab

Un single d’après Camus, chez Small Wonder, décembre 1978

Killing an Arab est enregistré le 20 septembre 1978 et sort fin décembre, premier single des Cure. Le manager Chris Parry le veut avant Noël, après une série de dates qui a inclus une première partie courte et ratée avec Generation X. Fiction, le label qu’il monte, n’est pas prêt à distribuer. Il cède donc environ 15 000 exemplaires à Small Wonder, l’indépendant de Walthamstow. La presse musicale hebdomadaire parle surtout du disque début janvier 1979. En février, Fiction le réédite sous le numéro FICS 001, première référence du label. La face B est 10:15 Saturday Night. Le single dure 2 minutes 21. Parry le produit.

Le groupe sur le disque est le trio : Robert Smith à la guitare et au chant, Michael Dempsey à la basse, Lol Tolhurst à la batterie. Porl Thompson est déjà parti. Le texte suit une scène du roman d’Albert Camus, L’Étranger, paru en 1942. Sur une plage, en pleine lumière, le narrateur Meursault tire sur un homme. Smith a dit que cet homme, dans le livre, se trouvait être arabe et que le sujet était l’acte vide, pas une cible. Fiction a même envoyé le roman avec les premiers envois presse, pour que la référence ne passe pas à côté.

Le disque lui-même est simple. Une courte figure de guitare, la basse de Dempsey, la batterie de Tolhurst, Smith qui chante presque sans relief, pas de refrain bâti pour soulever une salle. Ça ne sonne pas comme les Cure plus tardifs, ceux des longs échos et du rouge à lèvres. Ça sonne comme un single de 1978, un trio de Crawley qui sort à peine du circuit des pubs. La chanson ouvrira plus tard la face américaine de Boys Don’t Cry en 1980 et elle figure sur la compilation de singles de 1986, Standing on a Beach, dont Smith a tiré le titre de la première ligne.

Ce n’est pas vraiment raciste, si on sait de quoi parle la chanson. Ce n’est pas un appel à tuer des Arabes.

(Robert Smith, NME, 1978)

Le titre a quand même posé problème. En 1986, l’American-Arab Anti-Discrimination Committee s’oppose à la chanson telle qu’elle figure sur Standing on a Beach, un disque vendu à des centaines de milliers d’exemplaires aux États-Unis. En janvier 1987, le groupe accepte de coller un autocollant sur l’album et sur le film de concert et de demander aux radios américaines de ne pas passer le morceau. L’autocollant de Smith dit que la chanson n’a aucun ton raciste et que les Cure condamnent son usage pour nourrir un sentiment anti-arabe. Il dira plus tard que, s’il avait su les ennuis à venir, il aurait appelé la chanson Standing on a Beach.

Le single qui compte est le 45 tours Small Wonder de 1978 et la réédition Fiction de début 1979, pas le titre tel qu’il apparaît sur une compilation de singles plus tardive. Trois personnes, deux minutes, un roman dans le dossier de presse et un titre qui a dépassé l’explication. Smith a dû répéter ce qu’était la scène de plage de Camus. Le disque est encore cette scène, réduite à un 45 tours.