Quarante titres depuis Being Boiled
En novembre 2012, Virgin publie All The Best : une anthologie 2 CD, 40 titres, de The Human League, des années Fast Product au breakthrough de Dare et aux singles Virgin suivants. Ce n’est pas un disque de studio. C’est une carte du catalogue, faite pour qu’un nouvel auditeur aille de Being Boiled à Don’t You Want Me sans perdre le fil de Philip Oakey, Joanne Catherall et Susan Ann Sulley.
L’épine dorsale reste 1981. Après la scission qui voit Martyn Ware et Ian Craig Marsh fonder Heaven 17, Oakey reconstruit le League autour de Catherall et Sulley, puis emmène les chansons chez Martin Rushent aux Genetic Studios, dans le Berkshire. Rushent reconstruit les arrangements sur synthés et Linn drums. The Sound of the Crowd, Love Action (I Believe in Love) et Open Your Heart passent dans les charts UK avant la sortie de Dare en octobre. Virgin sort Don’t You Want Me en single de Noël ; le titre passe n°1 UK puis n°1 Billboard Hot 100 en 1982.
Sur le disque 1, les tubes radio restent groupés : Don’t You Want Me, Love Action, Mirror Man, (Keep Feeling) Fascination, Human. Le mix est sec, les downbeats durs, le baryton d’Oakey répondant au couplet de Sulley comme une dispute de feuilleton. Le disque 2 ramène le premier tranchant : Being Boiled, Empire State Human, Seconds, plus la collab Giorgio Moroder Together in Electric Dreams et des titres milieu des années 80 comme The Lebanon et Heart Like a Wheel. On entend l’électronique de Sheffield devenir machine à tubes sans effacer le premier chapitre.
Tu as complètement gâché le morceau.
(Philip Oakey à Martin Rushent après l’écoute de la version finale de Don’t You Want Me, rapporté dans Sound on Sound)

Cette dispute est la thèse secrète de la compilation. Oakey voulait une fin plus froide et solitaire ; Rushent et Jo Callis poussent un mix pop plus clair ; Simon Draper, chez Virgin, tranche pour le tube. Le single qu’Oakey jugeait le plus faible de Dare devient le morceau qui définit le groupe dans le monde entier. All The Best place cette contradiction à côté des premiers singles industriels et de la ballade Jam & Lewis Human : la carrière se lit comme une négociation longue entre expérience et refrain.
Comme objet d’écoute, le coffret est pratique : remasters, deep cuts, et les hits qui ouvrent encore les soirées. Il n’invente pas un nouveau Human League. Il classe celui qui existe, de la sévérité Fast Product au gloss Genetic, au même endroit. Pour un groupe dont le meilleur travail a toujours porté sur la façon dont machines et voix se disputent en public, ce classement suffit.
All The Best reste un résumé d’ère Virgin, pas une réécriture du mythe. Lancez Don’t You Want Me et vous entendez encore la voix enregistrée dans les toilettes du studio, le claquement Linn, et le duo qu’Oakey a failli enterrer en fin de face B. Le travail de la compilation est plus simple : garder cet argument audible pour qui arrive tard.